Exacerbation sévère d'asthme : le mot, la mesure, et ce qui n'est pas publié ici

« Exacerbation » n'appartient pas à l'asthme : le terme désigne l'aggravation de n'importe quelle maladie chronique. Appliqué à l'asthme, il a une définition standardisée.

Une exacerbation est l'aggravation d'une maladie chronique au-delà de sa variation habituelle. Le mot s'emploie pour la bronchopneumopathie chronique obstructive, pour l'insuffisance cardiaque, pour une maladie inflammatoire : il ne dit rien à lui seul de l'organe concerné. Cette fiche porte sur l'exacerbation sévère d'asthme, ce que la sémiologie française appelle aussi asthme aigu grave.

Repère de lecture et non avis médical : cette fiche ne remplace pas une consultation, ne comporte aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir. Aucun traitement inhalé, aucune classe médicamenteuse et aucune dose n'y figurent, et c'est délibéré.

Crise ou exacerbation : ce que la distinction recouvre

Les deux mots ne décrivent pas le même événement.

Une exacerbation peut être faite de crises répétées, ou s'installer progressivement sans accès franc. C'est l'évolution, et non l'intensité d'un moment, qui sépare les deux.

Ce que la fiche ne dit pas : la définition formelle de l'exacerbation d'asthme, ni les catégories de sévérité qui lui sont associées. Elles ont été standardisées par la prise de position conjointe de l'American Thoracic Society et de l'European Respiratory Society, Asthma control and exacerbations: standardizing endpoints for clinical asthma trials and clinical practice, publiée en 2009 et liée en fin de fiche. Son contenu exact n'a pas pu être vérifié auprès d'une source primaire accessible à la date de rédaction, et une définition reconstituée de mémoire n'aurait aucune valeur.

Le peak flow : ce qu'il mesure, et pourquoi sa « norme » n'est pas un nombre

Le débit expiratoire de pointe (DEP), ou peak flow, est le débit maximal atteint au cours d'une expiration forcée, mesuré avec un débitmètre de poche et exprimé en litres par minute. Il donne une image simple et immédiate du calibre bronchique.

C'est une mesure, et c'est là que la recherche d'une norme peak flow se heurte à une difficulté réelle :

Ce dont la valeur dépendConséquence
L'âge, la taille et le sexe du sujetune même valeur peut être normale chez l'un et basse chez l'autre
L'équation de référence employéeles valeurs théoriques publiées diffèrent selon la population de référence retenue
La technique de mesure et l'effortune mesure mal réalisée sous-estime le débit
L'appareil utiliséles débitmètres ne sont pas interchangeables sans précaution

Ce que la fiche ne dit pas : aucune valeur théorique, aucune norme par sexe ou par taille, aucun pourcentage seuil. Publier un nombre unique pour « la norme du peak flow » serait faux : la valeur attendue est calculée à partir des caractéristiques du sujet, et les tables employées ne sont pas identiques d'une source à l'autre.

Ce que l'on peut dire : une mesure de DEP s'interprète de deux façons — par rapport à une valeur théorique issue d'une équation de référence, ou par rapport à la meilleure valeur personnelle du sujet mesurée en période stable. La seconde comparaison ne dépend d'aucune table, ce qui est sa force ; encore faut-il que cette valeur de référence personnelle ait été établie, ce qui relève du suivi et non d'une page web.

Ce que l'évaluation d'une exacerbation sévère recherche

L'appréciation de la gravité repose sur l'examen clinique et sur des mesures, et non sur la seule impression du patient. Ce qui est évalué : l'état de conscience, la capacité à parler, la mise en jeu des muscles respiratoires accessoires, la fréquence respiratoire et la fréquence cardiaque, la saturation en oxygène mesurée par oxymètre de pouls, et lorsqu'elle est réalisable, la mesure du débit expiratoire de pointe.

Ce que la fiche ne dit pas : les valeurs qui font basculer d'une catégorie à l'autre, ni ce qu'il convient de faire à chaque niveau. Ce sont des seuils décisionnels ; ils appartiennent aux recommandations en vigueur et à la personne qui examine le patient.

Piège classique : un thorax devenu silencieux à l'auscultation n'est pas rassurant. L'absence de sifflements peut traduire une réduction majeure du débit ventilé et non une amélioration — c'est l'un des points où l'intuition du non-spécialiste va à contresens du tableau.

Les tableaux voisins

Une gêne respiratoire sifflante n'est pas toujours asthmatique. Chez le nourrisson, le premier épisode relève de la bronchiolite aiguë du nourrisson. Chez l'adulte fumeur, l'exacerbation d'une bronchopneumopathie chronique obstructive donne un tableau proche et porte le même nom. Une toux persistante isolée, sans gêne franche, relève plutôt de la toux chronique de l'adulte. Chez l'adulte jeune aux exacerbations répétées avec infections bronchiques, la mucoviscidose fait partie des diagnostics évoqués, y compris tardivement. Les autres repères de la spécialité sont réunis dans la rubrique pneumologie.

Questions fréquentes

Que veut dire « exacerbation » ?

L'aggravation d'une maladie chronique au-delà de sa variation habituelle. Le terme s'applique à l'asthme, à la bronchopneumopathie chronique obstructive, à l'insuffisance cardiaque et à d'autres maladies : il ne désigne aucun organe en particulier et doit toujours être accompagné du nom de la maladie concernée.

Quelle différence entre une crise d'asthme et une exacerbation ?

La crise est un accès de symptômes d'installation et de résolution rapides. L'exacerbation est une aggravation qui s'installe, ne cède pas spontanément et modifie l'état de base. Une exacerbation peut être faite de crises répétées ou s'installer sans accès franc.

Quelle est la norme du peak flow ?

Il n'y en a pas une. La valeur attendue se calcule à partir de l'âge, de la taille et du sexe, au moyen d'une équation de référence, et les tables publiées diffèrent selon la population de référence. Cette fiche ne publie aucune valeur théorique ni aucun seuil : un nombre unique présenté comme la norme serait faux.

Le peak flow d'une femme est-il différent ?

Les valeurs théoriques dépendent du sexe, comme elles dépendent de l'âge et de la taille — mais elles ne se résument pas à un chiffre par sexe. C'est la combinaison des trois, dans une équation de référence donnée, qui produit la valeur attendue, et c'est pourquoi aucun tableau n'est reproduit ici.

Un thorax silencieux est-il un bon signe ?

Non. La disparition des sifflements au cours d'une exacerbation peut traduire une réduction majeure du débit ventilé plutôt qu'une amélioration. Cette fiche ne dit pas ce qu'il convient de faire dans cette situation ; elle signale que l'interprétation spontanée du signe est trompeuse.