Déficit en G6PD : ce que l'enzyme fait, ce que son absence expose

La glucose-6-phosphate déshydrogénase protège le globule rouge contre le stress oxydant. Son déficit ne se manifeste qu'à l'occasion d'une agression, et c'est cette agression qui fait la maladie.

G6PD est l'abréviation de glucose-6-phosphate déshydrogénase, une enzyme du métabolisme du globule rouge. Sa fonction est défensive : elle alimente la voie qui permet à l'hématie de neutraliser les agressions oxydantes. Un globule rouge n'a pas de noyau et ne peut pas réparer ses protéines ; quand cette défense manque, une agression oxydante le détruit.

Cette fiche est un repère de lecture, pas un avis médical : elle ne remplace pas une consultation, ne comporte aucune posologie, ne cite aucun nom de médicament et n'indique aucune conduite à tenir. La question des substances à éviter appartient au référentiel officiel et au médecin ou au pharmacien.

La conséquence clinique tient dans une phrase : le déficit en G6PD n'est pas une maladie permanente mais une vulnérabilité. Entre deux expositions, l'hémogramme peut être normal et la personne asymptomatique. C'est l'exposition qui fait l'accident.

Ce qui déclenche un accident hémolytique

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) publie un référentiel intitulé « Médicament et déficit en G6PD » (mis en ligne le 11 mars 2021, mis à jour le 25 mai 2021), accessible par substance active. Les déclencheurs qu'il retient tiennent en trois familles :

Ce que la fiche ne dit pas : aucun nom de substance. Une liste recopiée vieillit, se tronque et se transforme en fausse sécurité. Le référentiel de l'ANSM, lié en bas de page, est à jour et interrogeable ; c'est la seule forme utile de cette information.

Ce que montre le bilan d'une hémolyse

Trois anomalies reviennent dans les recherches des lecteurs, et chacune signale un mécanisme différent :

AnomalieCe qu'elle traduit
Haptoglobine effondréel'haptoglobine est une protéine plasmatique qui capte l'hémoglobine libérée par les hématies détruites ; le complexe est ensuite épuré, si bien que le taux circulant chute. Une haptoglobine effondrée signe donc une hémolyse — sans dire laquelle.
Réticulocytose élevéeles réticulocytes sont les hématies jeunes ; leur augmentation traduit la réponse de la moelle, qui compense la destruction. C'est un signe de régénération, pas de gravité.
Bilirubine non conjuguée augmentéeproduit de dégradation de l'hème ; explique l'ictère qui accompagne certaines crises.

Piège classique : aucune de ces trois anomalies n'est spécifique du déficit en G6PD. Elles décrivent une hémolyse, qui peut être immunologique, mécanique, infectieuse ou constitutionnelle. L'hémolyse mécanique par lésion des petits vaisseaux relève par exemple de la microangiopathie thrombotique, et l'hémolyse parasitaire de tableaux comme la babésiose. Une hémolyse chronique retentit par ailleurs sur la rate, ce que décrit la fiche splénomégalie.

Le dosage, et la question du moment

Le diagnostic repose sur le dosage de l'activité enzymatique des hématies circulantes. Deux points méritent d'être connus avant de lire un résultat.

D'abord, le dosage mesure ce que contiennent les globules rouges présents au moment du prélèvement. Après une crise hémolytique, la population d'hématies a été renouvelée et se trouve donc plus jeune. La date du prélèvement par rapport à l'épisode fait partie des informations que le biologiste doit avoir ; le sens exact de cette correction figure sur le compte rendu du laboratoire et n'est pas reproduit ici.

Ensuite, aucune valeur seuil n'est donnée sur cette page. Les unités et les bornes de référence varient selon la technique employée, et aucune n'a pu être vérifiée auprès d'une source primaire à la date de rédaction. La recherche courante « G6PD élevé » repose d'ailleurs le plus souvent sur une lecture inversée du compte rendu : c'est l'abaissement de l'activité qui définit l'affection.

Une classification des variants en cours de révision

Le gène du G6PD est porté par le chromosome X, ce qui explique que les formes complètes s'expriment principalement chez les garçons et les hommes, et que de très nombreux variants du gène aient été décrits.

Ces variants ont longtemps été rangés en classes selon l'activité enzymatique résiduelle. L'Organisation mondiale de la santé a réuni en janvier 2022 un groupe d'experts pour réviser cette classification, et le rapport de cette consultation technique a été publié le 18 mars 2022. La conséquence pratique est importante pour un lecteur : une classification des variants trouvée en ligne peut être l'ancienne version. Le contenu de la classification révisée n'est pas reproduit ici ; le rapport de l'OMS est lié en bas de page.

À ne pas confondre : la maladie de Gilbert, qui associe elle aussi un ictère intermittent à une liste de précautions médicamenteuses, est une affection distincte — un trouble de la conjugaison de la bilirubine, sans destruction des globules rouges. Le référentiel de l'ANSM cité ici ne la concerne pas. Les autres atteintes de la lignée sanguine d'origine médicamenteuse, comme l'agranulocytose médicamenteuse, relèvent d'un mécanisme encore différent. L'ensemble des repères de la spécialité est regroupé dans la rubrique hématologie.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le déficit en G6PD ?

Un déficit héréditaire en glucose-6-phosphate déshydrogénase, enzyme qui protège le globule rouge contre le stress oxydant. Il ne se traduit pas en permanence : entre deux expositions déclenchantes, la personne peut être asymptomatique. C'est l'exposition à un agent oxydant, à certains aliments ou à une infection qui provoque l'hémolyse.

Qu'est-ce qui peut déclencher une crise ?

Le référentiel de l'ANSM retient certains médicaments et produits oxydants, certains aliments dont la fève — d'où le nom de favisme — et les infections virales ou bactériennes. Cette fiche ne recopie aucune liste de substances : elle renvoie au référentiel de l'ANSM, accessible par substance active et tenu à jour, lié en bas de page.

Que signifie une haptoglobine effondrée ?

Que des globules rouges ont été détruits. L'haptoglobine capte l'hémoglobine libérée dans le plasma, et le complexe formé est épuré, ce qui fait chuter le taux circulant. C'est un marqueur d'hémolyse, mais il n'en désigne pas la cause : immunologique, mécanique, infectieuse ou constitutionnelle, le résultat est le même.

Le dosage du G6PD peut-il être pris en défaut ?

Sa lecture dépend du moment du prélèvement, parce qu'il mesure l'activité des globules rouges présents ce jour-là et que la population d'hématies se renouvelle après une crise. C'est au biologiste d'interpréter le résultat avec cette donnée. Cette fiche ne donne aucun seuil : les unités et les bornes dépendent de la technique employée.

La classification des variants du G6PD a-t-elle changé ?

Oui. L'OMS a réuni un panel d'experts en janvier 2022 pour réviser la classification des variants génétiques responsables du déficit, et le rapport de cette consultation technique est daté du 18 mars 2022. Une classification trouvée en ligne peut donc être l'ancienne ; le contenu de la version révisée n'est pas reproduit ici et se lit dans le rapport lié.