Maladie veineuse chronique : anatomie des veines de jambe et classification CEAP
Une veine de jambe n'est pas une structure unique : trois réseaux distincts drainent le membre inférieur, et c'est leur défaillance qui définit la maladie veineuse chronique. La classification CEAP est l'outil qui la décrit.
Le membre inférieur ne possède pas une veine mais trois réseaux, et la plupart des questions posées sur une « veine de jambe » visible, douloureuse ou dilatée deviennent lisibles dès que l'on sait duquel il s'agit. Le réseau superficiel chemine dans le tissu sous-cutané, au-dessus du fascia ; le réseau profond accompagne les artères, à l'intérieur des loges musculaires ; les veines perforantes relient les deux en traversant le fascia. Le sang circule normalement du superficiel vers le profond, et de bas en haut, sous l'effet de la pompe musculaire du mollet et d'un système de valvules.
Cette fiche sert de repère de lecture et non d'avis médical : elle ne remplace pas une consultation, ne comporte aucune posologie et ne propose aucune conduite à tenir. Ce qui concerne un patient donné relève du professionnel qui le suit.
Les trois réseaux et ce qu'ils expliquent
| Réseau | Situation | Principaux troncs | Ce qu'une atteinte produit |
|---|---|---|---|
| Superficiel | sous-cutané, au-dessus du fascia | grande veine saphène (face médiale de la jambe et de la cuisse), petite veine saphène (face postérieure de la jambe) | varices visibles, télangiectasies, veines réticulaires |
| Profond | intramusculaire, satellite des artères | veines tibiales, poplitée, fémorale, iliaque | œdème, séquelles post-thrombotiques, hypertension veineuse marquée |
| Perforant | traverse le fascia | perforantes de cuisse et de jambe | reflux localisé alimentant un territoire superficiel |
La grande veine saphène est l'ancien terme « saphène interne ». C'est le tronc superficiel le plus long du corps, et sa dilatation est l'origine la plus fréquente des varices de la face médiale de la jambe et de la cuisse. Les veines de la cuisse profondes, elles, ne sont pas visibles et ne se manifestent que par leurs conséquences hémodynamiques.
Ce que « maladie veineuse chronique » désigne
Le terme recouvre l'ensemble des anomalies durables du système veineux des membres inférieurs, depuis les télangiectasies isolées jusqu'à l'ulcère. Il ne préjuge ni du mécanisme — reflux valvulaire, obstruction, défaillance de la pompe musculaire, ou association des trois — ni de la gêne ressentie.
Piège classique : l'intensité des signes visibles et l'intensité des signes fonctionnels sont mal corrélées. Une jambe très variqueuse peut être indolore, et une phlébalgie — douleur rapportée au trajet d'une veine — peut exister sans varice apparente. C'est une des raisons pour lesquelles la classification décrite ci-dessous sépare l'axe clinique des autres axes.
Le terme voisin d'insuffisance veineuse chronique n'est pas son synonyme : il désigne la part avancée du spectre, celle où le retentissement est établi, et c'est la fiche qui traite des varices et de leurs complications.
La classification CEAP
CEAP est le standard international de description des troubles veineux chroniques. Son nom est l'acronyme de ses quatre axes, et elle a été construite pour qu'un même patient soit décrit de la même manière d'un centre à l'autre.
| Axe | Ce qu'il enregistre |
|---|---|
| C — clinique | les manifestations observées, graduées par sous-classes successives |
| E — étiologie | l'origine : congénitale, primitive, ou secondaire à un événement identifié |
| A — anatomie | les segments veineux concernés, superficiels, profonds ou perforants |
| P — physiopathologie | le mécanisme : reflux, obstruction, ou les deux |
Source : la version en vigueur est celle décrite dans The 2020 update of the CEAP classification system and reporting standards, publiée en 2020 dans le Journal of Vascular Surgery: Venous and Lymphatic Disorders, liée en fin de fiche. Ce texte rappelle que CEAP a été créée en 1993, mise à jour en 1996 et révisée en 2004, et décrit les changements introduits en 2020 : l'ajout de la corona phlebectatica comme sous-classe clinique C4c, l'introduction du modificateur « r » pour une varice ou un ulcère veineux récidivant, et le remplacement des descriptions numériques des segments veineux par leurs abréviations usuelles.
Ce que la fiche ne dit pas : le libellé exact de chaque sous-classe clinique de C0 à C6. Il figure dans le texte de 2020 lié ci-dessous, avec ses définitions, et le recopier de mémoire reviendrait à publier une version approximative d'un standard dont la précision est précisément la raison d'être.
La corona phlebectatica
La corona phlebectatica, ou couronne phlébectasique, désigne l'éventail de veinules intradermiques dilatées qui se développe à la face médiale du pied et de la cheville. Elle a reçu sa propre sous-classe en 2020, ce qui indique la valeur que la communauté vasculaire lui reconnaît comme marqueur d'hypertension veineuse installée — et non comme simple signe esthétique.
La dermite de stase appartient au même versant trophique : remaniement pigmenté et inflammatoire de la peau de la jambe, conséquence d'une hypertension veineuse prolongée. Cette fiche ne publie aucune photographie clinique ; la description en mots vaut repère, elle ne vaut pas identification.
Ce que la démarche diagnostique recherche
L'examen clinique se fait debout, sur le membre entier, et compare les deux côtés. L'examen de référence est l'écho-Doppler veineux des membres inférieurs : il cherche à établir s'il existe un reflux, où il siège, s'il existe une obstruction, et quel réseau est en cause — c'est précisément ce que les axes A et P de CEAP enregistrent.
Le diagnostic différentiel d'une jambe grosse ou douloureuse ne se limite pas au versant veineux chronique. Il comprend la maladie thrombo-embolique veineuse dans sa forme aiguë, l'ischémie aiguë de membre dont le mécanisme est artériel et l'urgence sans rapport, et l'artériopathie oblitérante des membres inférieurs, dont il faut connaître l'état avant toute décision concernant un ulcère de jambe. Les autres repères de la spécialité sont regroupés dans la rubrique cardiologie et pathologie vasculaire.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il de veines dans une jambe ?
Il n'y a pas un nombre utile à retenir, mais trois réseaux : superficiel, profond et perforant. Le superficiel est sous-cutané et porte les troncs saphènes ; le profond accompagne les artères dans les loges musculaires ; les perforantes traversent le fascia et relient les deux. Presque toute la sémiologie veineuse du membre inférieur se lit à partir de cette distinction.
Quelle est la différence entre maladie veineuse chronique et insuffisance veineuse chronique ?
La maladie veineuse chronique désigne l'ensemble du spectre des anomalies veineuses durables, y compris ses formes les plus discrètes. L'insuffisance veineuse chronique désigne la part avancée de ce spectre, celle où le retentissement est établi. Les deux termes sont souvent employés l'un pour l'autre dans le langage courant, ce qui n'aide pas à lire un compte rendu.
Que signifie CEAP ?
Clinique, Étiologie, Anatomie, Physiopathologie : les quatre axes selon lesquels un trouble veineux chronique est décrit. La classification date de 1993, a été mise à jour en 1996, révisée en 2004, puis actualisée en 2020. C'est le texte de 2020 qui fait foi et il est lié sur cette fiche.
Qu'est-ce que la corona phlebectatica ?
L'éventail de veinules intradermiques dilatées de la face médiale du pied et de la cheville, aussi appelé couronne phlébectasique. La révision CEAP de 2020 en a fait la sous-classe clinique C4c, ce qui la range parmi les signes trophiques et non parmi les anomalies purement esthétiques.
Qu'est-ce qu'une phlébalgie ?
Une douleur rapportée au trajet d'une veine. Le terme décrit une plainte, pas un diagnostic : il ne dit ni le réseau concerné, ni le mécanisme, ni s'il existe une thrombose. C'est l'exploration, et non le mot, qui départage.