Maladie thrombo-embolique veineuse : une maladie, deux expressions

Thrombose veineuse profonde et embolie pulmonaire ne sont pas deux maladies voisines mais deux expressions du même processus. C'est ce que le terme « thrombo-embolique » affirme.

Le fragment « trombo » que l'on tape dans un moteur de recherche est une troncature : il renvoie à thrombus, thrombose, thrombo-embolique, qui ne désignent pas la même chose. Un thrombus est le caillot lui-même. Une thrombose est sa formation dans un vaisseau. La maladie thrombo-embolique veineuse (MTEV) est l'entité clinique qui réunit la thrombose veineuse profonde (TVP) et l'embolie pulmonaire (EP), au motif que la seconde est le plus souvent la migration de la première.

Cette fiche est un repère de lecture. Elle ne vaut pas avis médical, ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir ; toute décision revient au professionnel qui prend en charge la personne concernée.

L'embolie pulmonaire est décrite par les recommandations européennes en vigueur comme une urgence dont le pronostic dépend de la rapidité du diagnostic. Cette fiche s'arrête à ce constat, sans en tirer de conduite.

Pourquoi une seule maladie

ÉlémentThrombose veineuse profondeEmbolie pulmonaire
Siègeréseau veineux profond, le plus souvent au membre inférieurartères pulmonaires
Mécanismeformation du thrombus sur placemigration d'un thrombus veineux
Facteurs favorisantsles mêmesles mêmes
Cadre de référencele même texte de recommandationle même texte de recommandation

Les deux tableaux partagent leurs facteurs de risque et leur cadre de prise en charge, ce qui est la raison pratique de les traiter comme une seule maladie. Une TVP peut rester silencieuse et se révéler par l'EP ; une EP peut survenir sans qu'aucun signe de TVP n'ait été perçu.

Les trois conditions classiques de la thrombose

La description classique retient trois familles de conditions favorisantes, souvent réunies :

Ce que la fiche ne dit pas : le poids relatif de chacune, ni aucun risque chiffré associé à une situation particulière. Ces chiffres n'ont de sens que rapportés à la population qui les a produits.

Ce que la démarche diagnostique recherche

Le point décisif est que le diagnostic ne se fait ni sur le seul examen clinique, ni sur un seul examen complémentaire. La démarche est séquentielle et combine trois éléments.

  1. Une estimation de la probabilité clinique. Elle s'appuie sur des scores nommés — le score de Wells pour la thrombose veineuse profonde comme pour l'embolie pulmonaire, le score de Genève révisé pour l'embolie pulmonaire. Ce que la fiche ne dit pas : les items de ces scores, leur pondération et leurs seuils. Leur contenu en vigueur figure dans les recommandations européennes liées en fin de fiche.
  2. Le dosage des D-dimères, dont l'intérêt est sa valeur prédictive négative, et seulement dans les situations de probabilité clinique non élevée. Un résultat élevé n'affirme rien : il est banalement augmenté par l'âge, l'inflammation, la grossesse ou une intervention récente.
  3. L'imagerie, qui tranche : écho-Doppler veineux avec manœuvres de compression pour la TVP, angioscanner thoracique pour l'EP.

Piège classique : une jambe grosse et douloureuse n'est pas une TVP tant que l'exploration ne l'a pas montrée, et l'absence de signe local n'écarte pas une EP. La clinique oriente la séquence, elle ne la conclut pas.

Ce avec quoi elle se confond

Le diagnostic différentiel d'un membre inférieur douloureux comprend la maladie veineuse chronique dans ses poussées, et l'insuffisance veineuse chronique compliquée d'une thrombose veineuse superficielle. À l'opposé, une occlusion artérielle brutale — l'ischémie aiguë de membre — relève d'un mécanisme et d'un degré d'urgence sans rapport, et la forme la plus sévère de TVP, la phlegmatia cærulea dolens, peut précisément en prendre le masque.

Du côté thoracique, la dyspnée aiguë fait discuter l'insuffisance cardiaque aiguë et l'œdème aigu du poumon, dont la sémiologie et l'imagerie diffèrent. Les autres repères de la spécialité sont réunis dans la rubrique cardiologie et pathologie vasculaire.

Questions fréquentes

Que veut dire « thrombo » ?

Rien à lui seul : c'est un préfixe. Il entre dans thrombus (le caillot), thrombose (sa formation dans un vaisseau), thrombophlébite (une thrombose veineuse avec réaction inflammatoire) et thrombo-embolique (qui associe thrombose et migration du caillot). Ces mots ne sont pas interchangeables.

Quelle est la différence entre thrombose veineuse profonde et embolie pulmonaire ?

Le siège, pas la maladie. La thrombose veineuse profonde est le caillot formé dans une veine profonde ; l'embolie pulmonaire est l'obstruction d'une artère pulmonaire par un caillot qui a migré, le plus souvent depuis ce réseau veineux. Les recommandations les traitent ensemble sous le terme de maladie thrombo-embolique veineuse.

À quoi sert le score de Wells ?

À estimer la probabilité clinique avant de demander un examen, afin que le résultat de cet examen soit interprétable. Cette fiche ne reproduit ni ses items ni ses seuils : leur version en vigueur figure dans les recommandations européennes liées ici, et un score reproduit de mémoire n'a aucune valeur.

Des D-dimères normaux excluent-ils une thrombose ?

Leur intérêt est de rendre une thrombose très peu probable, mais seulement lorsqu'ils sont interprétés avec une probabilité clinique préalablement estimée, et selon les règles du texte de référence. Cette fiche ne donne aucun seuil et ne dit pas dans quelles situations ce raisonnement s'applique.

Une phlébite superficielle est-elle grave ?

Cette fiche ne qualifie aucun cas de bénin ni de grave. Ce qui est décrit dans la littérature vasculaire, c'est que l'enjeu d'une thrombose veineuse superficielle est son extension possible au réseau profond, et que c'est cette extension, et non la douleur locale, que l'exploration cherche à écarter.