Borréliose de Lyme : les trois stades et la place de l'acrodermatite chronique atrophiante

L'acrodermatite chronique atrophiante n'est pas une maladie autonome : c'est la manifestation cutanée tardive de la borréliose de Lyme. La situer suppose de connaître la chronologie complète de l'infection.

L'acrodermatite chronique atrophiante (ACA) désigne une atteinte cutanée chronique des extrémités, rattachée par Santé publique France au stade tardif disséminé de la borréliose de Lyme. Le terme circule souvent seul, comme s'il nommait une dermatose indépendante ; il ne prend son sens que replacé dans l'histoire naturelle de l'infection, des mois à des années après une piqûre de tique qui a pu passer inaperçue.

Cette fiche sert de repère de lecture et non d'avis médical : aucune posologie, aucune conduite à tenir, aucun jugement sur un cas particulier n'y figure. Ce qui concerne un patient donné relève du professionnel qui le suit.

Ce que désigne la borréliose de Lyme

Santé publique France, dans son dossier mis à jour le 20 février 2026, définit la borréliose de Lyme comme l'infection due à une bactérie du complexe Borrelia burgdorferi sensu lato, transmise à l'être humain par la piqûre d'une tique dure infectée du genre Ixodes. En Europe, la même source retient trois espèces pathogènes principales : B. afzelii, B. garinii et B. burgdorferi sensu stricto.

Le vecteur en France est Ixodes ricinus. La même source précise que la tique ne se rencontre pas uniquement en forêt profonde : les sous-bois, les prairies, les zones boisées péri-urbaines, les parcs et les jardins privés en hébergent, avec une activité saisonnière habituellement étalée d'avril à novembre en climat continental et prolongée toute l'année en climat océanique.

Ce que la source écarte explicitement : selon Santé publique France, la borréliose de Lyme ne se transmet ni de personne à personne, ni par contact direct avec un animal, ni par voie alimentaire, ni par la piqûre d'autres insectes.

Les trois stades, et où se situe l'ACA

La classification retenue par Santé publique France est chronologique, non anatomique. Elle est reproduite ici telle que cette source la formule.

StadeDélai après la piqûreManifestations retenues par la source
Précoce localisé3 à 30 joursérythème migrant : tache érythémateuse au point de piqûre, indolore, à croissance annulaire et centrifuge
Précoce disséminéde plusieurs jours à plusieurs semainesérythèmes migrants multiples ; neuroborréliose (méningoradiculite, paralysie faciale, méningite isolée, myélite aiguë) ; plus rarement atteinte articulaire, lymphocytome borrélien, atteinte cardiaque ou ophtalmologique
Tardif disséminéplusieurs mois à plusieurs annéesmanifestations articulaires ; manifestations cutanées, dont l'acrodermatite chronique atrophiante ; encéphalomyélite, rare

Ce que le tableau dit de l'ACA : elle appartient au troisième temps, celui qui peut survenir alors que les stades antérieurs sont passés inaperçus. Santé publique France précise en effet que les manifestations disséminées, précoces comme tardives, peuvent apparaître sans qu'un stade précoce localisé ait été reconnu.

Ce que la fiche ne dit pas : ni le traitement de l'ACA, ni celui d'aucun autre stade, ni la durée d'une antibiothérapie. Ces éléments relèvent du texte de référence et des centres spécialisés, pas d'un résumé.

L'érythème migrant, manifestation la plus fréquente

Le même dossier situe l'érythème migrant comme la manifestation à la fois la plus fréquente et la plus évocatrice, présente selon lui dans 60 à 90 % des cas. Il ajoute un piège précis, qui est aussi une question de bon sens sémiologique.

Piège classique : l'érythème migrant ne doit pas être confondu avec une réaction à la salive de tique, laquelle apparaît plus précocement et ne s'étend pas de manière centrifuge. La distinction porte donc sur la chronologie et sur le mode d'extension, pas sur la seule rougeur.

Ce que la démarche diagnostique prend en compte

Santé publique France note qu'un antécédent documenté de piqûre n'est pas indispensable au diagnostic, la piqûre pouvant passer inaperçue — les nymphes, de petite taille, sont d'après la même source responsables de la plupart des transmissions et représentent plus de 80 % des piqûres dans certaines régions.

L'exposition compte donc comme élément de contexte, et non comme condition. Les données de transmission citées par cette source méritent d'être lues avec leurs réserves : le risque de transmission augmente avec la durée d'attachement de la tique, mais le délai retenu diffère entre les travaux américains et européens, et varie selon l'espèce de Borrelia. La source le dit ainsi ; ce n'est pas un seuil unique.

Le même dossier mentionne enfin le Post Treatment Lyme Disease Syndrome (PTLDS), ensemble de manifestations post-infectieuses pouvant persister malgré une antibiothérapie bien conduite, et l'existence de centres de compétence et de référence des maladies vectorielles à tiques vers lesquels un médecin traitant peut orienter.

Le diagnostic différentiel : les autres maladies de la même tique

Ixodes ricinus ne transmet pas que Borrelia. Devant un tableau fébrile ou neurologique après exposition aux tiques, plusieurs entités se discutent, et elles ont chacune leur fiche : l'encéphalite à tiques, virale et de pronostic différent, l'anaplasmose granulocytaire humaine et la babésiose, toutes deux décrites comme co-infections possibles du même vecteur. À l'opposé, la fièvre boutonneuse méditerranéenne est une rickettsiose transmise par une autre tique et ne relève pas du même cadre, malgré la confusion fréquente entre « rickettsiose » et « Lyme ». Les autres repères de ce domaine sont regroupés dans la rubrique maladies infectieuses et parasitaires.

Ce que disent les données françaises

Santé publique France publie, dans la partie « Données » du même dossier, une estimation d'incidence issue du Réseau Sentinelles : l'incidence annuelle estimée a fluctué autour d'une moyenne de 61 cas pour 100 000 habitants, entre 41 pour 100 000 en 2014 et 104 pour 100 000 en 2018 en France hexagonale, puis a diminué à partir de 2020 pour atteindre 53 cas pour 100 000 habitants, soit 35 147 cas estimés, en 2024.

Ces valeurs sont des estimations de surveillance, datées, et publiées avec leurs intervalles de confiance sur la page source. Elles sont à lire comme telles, et non comme un compte exact de cas.

Questions fréquentes

L'acrodermatite chronique atrophiante est-elle une maladie à part ?

Non. Santé publique France la classe parmi les manifestations cutanées de la borréliose de Lyme tardive disséminée, c'est-à-dire du troisième stade de l'infection, survenant plusieurs mois voire plusieurs années après la piqûre de tique. Elle ne constitue pas une entité autonome dans cette classification.

Faut-il avoir été piqué pour que le diagnostic soit envisagé ?

Non, selon la même source : un antécédent documenté de piqûre n'est pas indispensable, car la piqûre peut passer inaperçue. Les nymphes, mesurant environ 2 mm, sont peu visibles lorsqu'elles sont attachées et sont décrites comme responsables de la plupart des transmissions.

Combien de stades la classification française retient-elle ?

Trois : précoce localisé, précoce disséminé et tardif disséminé. Leur contenu exact est celui publié par Santé publique France dans le dossier lié en bas de cette page, mis à jour le 20 février 2026 ; cette fiche le reproduit sans le compléter.

La borréliose de Lyme est-elle contagieuse entre personnes ?

Santé publique France indique qu'elle ne se transmet pas de personne à personne. La même source écarte également la transmission par contact direct avec un animal, par voie alimentaire et par la piqûre d'autres insectes, et rapporte qu'aucun cas de transmission par transfusion ou par greffe n'a été décrit.

Que recouvre le sigle PTLDS ?

Post Treatment Lyme Disease Syndrome : l'ensemble des manifestations post-infectieuses qui peuvent persister malgré une antibiothérapie bien conduite, décrit par Santé publique France comme s'apparentant à un syndrome post-infectieux. Cette fiche ne se prononce ni sur son mécanisme ni sur sa prise en charge.