Maladie rénale chronique : ce que le débit de filtration glomérulaire situe
Le débit de filtration glomérulaire estimé situe la fonction rénale sur une échelle de stades. Un chiffre inférieur à 90 ne suffit pourtant pas, à lui seul, à porter un diagnostic.
Un compte rendu de biologie qui affiche un débit de filtration glomérulaire (DFG) estimé inférieur à 90 mL/min/1,73 m² pose immédiatement une question : est-ce une maladie ? La réponse tient dans la définition de la maladie rénale chronique, et elle ne repose pas sur ce seul chiffre. Cette fiche donne la définition telle qu'elle est écrite, reproduit le tableau des stades, et dit où la lecture d'un chiffre isolé s'arrête.
Cette fiche est un repère de lecture et non un avis médical : elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir. L'interprétation d'un résultat de biologie revient au médecin qui l'a prescrit.
La définition, telle qu'elle est écrite
Le guide du parcours de soins « Maladie rénale chronique de l'adulte » publié par la Haute Autorité de santé écrit que la maladie rénale chronique (MRC) « est définie indépendamment de sa cause, par la présence, pendant plus de 3 mois, de marqueurs d'atteinte rénale ou d'une baisse du débit de filtration glomérulaire estimé (DFG estimé) au-dessous de 60 mL/min/1,73 m² ».
Deux éléments de cette phrase sont décisifs :
- La durée. Plus de trois mois. Un DFG abaissé sur un seul prélèvement décrit un instant, pas une maladie chronique.
- L'alternative. Des marqueurs d'atteinte rénale ou un DFG sous 60. Le même texte énumère ces marqueurs : « albuminurie, hématurie, leucocyturie, ou anomalies morphologiques ou histologiques, ou marqueurs de dysfonction tubulaire, persistant plus de 3 mois ».
Le document ajoute que « le stade de maladie rénale chronique est défini à partir du DFG estimé et de la présence de marqueurs d'atteinte rénale », et que « le stade 3 d'insuffisance rénale modérée intègre deux niveaux de sévérité (stade 3A et 3B) ».
Le tableau des stades
Le tableau ci-dessous reprend le dépliant « Maladie rénale chronique — je dépiste simplement, je protège efficacement » publié par la Société francophone de néphrologie, dialyse et transplantation (SFNDT), qui indique le tenir des recommandations KDIGO 2022.
| Stade | Description | DFG (mL/min/1,73 m²) |
|---|---|---|
| G1 | MRC à fonction rénale normale | ≥ 90 |
| G2 | Insuffisance rénale légère | 60 – 89 |
| G3a | Insuffisance rénale légère à modérée | 45 – 59 |
| G3b | Insuffisance rénale modérée à sévère | 30 – 44 |
| G4 | Insuffisance rénale sévère | 15 – 29 |
| G5 | Insuffisance rénale terminale | < 15 |
Le même dépliant classe en parallèle l'albuminurie par le rapport albuminurie/créatininurie (RAC) : A1, normale à légère, en dessous de 30 mg/g ou 3 mg/mmol ; A2, modérée, de 30 à 299 mg/g ou 3 à 29 mg/mmol ; A3, sévère, à partir de 300 mg/g ou 30 mg/mmol.
Ce que le tableau note : deux axes, pas un. Le stade de DFG seul ne situe pas le risque ; la SFNDT le croise avec l'albuminurie, et c'est le croisement des deux qui définit les niveaux de risque du document. Un DFG conservé avec une albuminurie A3 n'est pas la même situation qu'un DFG identique avec un RAC normal.
Ce que cette fiche ne reproduit pas : le dépliant comporte, dans les mêmes cases, l'orientation du patient. Elle n'est pas recopiée ici — c'est une conduite à tenir, elle appartient au document et à celui qui l'applique.
Ce qu'un DFG entre 60 et 89 signifie, et ne signifie pas
C'est la question de la requête DFG inférieur à 90, et la réponse est une nuance qui compte. Dans le tableau, le stade G1 correspond à une MRC à fonction rénale normale, à 90 ou plus — ce qui veut dire qu'un patient peut être classé G1 tout en ayant un DFG parfaitement normal, parce que ce sont les marqueurs d'atteinte rénale qui le font entrer dans le tableau.
Symétriquement, un DFG isolé entre 60 et 89, sans aucun marqueur d'atteinte rénale et sans durée établie, ne remplit pas la définition de la HAS citée plus haut. Le chiffre descend physiologiquement avec l'âge, et la formule d'estimation comporte sa propre imprécision. Un résultat de ce type n'est donc ni rassurant ni inquiétant en lui-même : il est ininterprétable sans le reste du dossier.
Stade 3, 3A, 3B : ce que la subdivision sépare
La HAS écrit que le stade 3 « intègre deux niveaux de sévérité ». Dans le tableau de la SFNDT, la coupure passe à 45 mL/min/1,73 m² : G3a de 45 à 59, G3b de 30 à 44. La formulation courante « IRC stade 3b » désigne donc le second de ces deux intervalles. Ce que la subdivision change en pratique — la fréquence du suivi, les acteurs impliqués — figure dans les documents liés et n'est pas repris ici.
Sur la version en vigueur
Le texte cité ci-dessus est le guide du parcours de soins de la HAS dans son édition de février 2012, consultée à la date de rédaction sur le site de la SFNDT. Ce guide a fait l'objet d'une mise à jour, et c'est cette version actualisée qui fait foi ; elle n'a pas pu être consultée directement auprès de la HAS à la date de rédaction. Les définitions et les seuils reproduits ici sont donc ceux du texte de 2012 et ceux du dépliant SFNDT adapté de KDIGO 2022, tous deux liés en fin de page — et il faut vérifier auprès de la HAS que rien n'a changé avant de les utiliser autrement qu'en lecture.
Ce qui mène à une maladie rénale chronique
Les causes sont multiples et ce tableau les ignore volontairement : il décrit un degré, pas une origine. Parmi les causes héréditaires figure la polykystose rénale autosomique dominante, dont l'évolution vers l'insuffisance rénale est précisément ce que ce tableau gradue. La découverte d'un kyste isolé du rein relève d'une tout autre lecture, celle d'une classification d'imagerie, et n'a pas de rapport avec le DFG. Les autres repères de la spécialité sont regroupés dans la rubrique urologie et néphrologie ; la manière dont ces fiches sont sourcées est décrite en page d'accueil.
Questions fréquentes
Un DFG inférieur à 90 signifie-t-il que j'ai une maladie rénale ?
Non, pas à lui seul. La HAS définit la maladie rénale chronique par la présence, pendant plus de trois mois, de marqueurs d'atteinte rénale ou d'une baisse du DFG estimé au-dessous de 60 mL/min/1,73 m². Un chiffre unique entre 60 et 89, sans marqueur et sans durée établie, ne remplit pas cette définition. Son interprétation appartient au médecin prescripteur.
Quels sont les stades de la maladie rénale chronique ?
Le dépliant de la SFNDT, adapté des recommandations KDIGO 2022, retient six niveaux : G1 à 90 mL/min/1,73 m² ou plus, G2 de 60 à 89, G3a de 45 à 59, G3b de 30 à 44, G4 de 15 à 29, G5 en dessous de 15. Les stades G1 et G2 supposent la présence de marqueurs d'atteinte rénale pour définir une MRC.
Que veut dire « IRC stade 3b » ?
La HAS écrit que le stade 3 intègre deux niveaux de sévérité, 3A et 3B. Dans le tableau de la SFNDT, la coupure se situe à 45 mL/min/1,73 m² : le stade G3b correspond à un DFG estimé entre 30 et 44. Cette fiche ne décrit pas le suivi associé à ce stade, qui figure dans les documents liés.
Quels sont les marqueurs d'atteinte rénale ?
Le guide de la HAS les énumère : albuminurie, hématurie, leucocyturie, anomalies morphologiques ou histologiques, ou marqueurs de dysfonction tubulaire, persistant plus de trois mois et constatés sur deux ou trois examens consécutifs.
Pourquoi mesure-t-on aussi l'albuminurie ?
Parce que le DFG seul ne situe pas le risque. Le dépliant de la SFNDT croise le stade de DFG avec le rapport albuminurie/créatininurie, classé A1 en dessous de 30 mg/g, A2 de 30 à 299 mg/g, A3 à partir de 300 mg/g. Deux patients au même DFG mais à des niveaux d'albuminurie différents ne sont pas dans la même case du document.