Épiglottite aiguë : une maladie qui a changé de population

L'épiglottite aiguë est une inflammation de l'épiglotte et de la région sus-glottique. Sa physionomie s'est déplacée : quasiment disparue chez l'enfant dans les pays vaccinant contre *Haemophilus influenzae* de type b, elle reste d'incidence stable chez l'adulte.

L'épiglottite aiguë est une inflammation aiguë de l'épiglotte et des structures sus-glottiques, à l'origine d'une réduction du calibre des voies aériennes supérieures.

C'est une urgence des voies aériennes. La série rétrospective A Retrospective Cohort Study of Acute Epiglottitis in Adults, publiée dans le Western Journal of Emergency Medicine en 2021, la décrit comme une cause d'obstruction aiguë des voies aériennes et rapporte une mortalité de 1 à 20 % dans la littérature sur l'épiglottite de l'adulte. Cette fiche s'arrête à cet énoncé : elle ne décrit aucun geste, ne propose aucun tri et n'indique aucune conduite à tenir.

Cette fiche est un repère de lecture, pas un avis médical, et ne comporte aucune posologie. Ce qui concerne un patient donné relève du professionnel qui le prend en charge.

Ce que la vaccination anti-Hib a changé

C'est le fait épidémiologique qui gouverne toute la lecture de cette maladie, et il est chiffré.

Ce que la source retient : l'étude Acute epiglottitis: epidemiology, clinical presentation, management and outcome, publiée dans le Journal of Laryngology and Otology en 2008, a repris l'ensemble des dossiers d'épiglottite aiguë sortis du service d'oto-rhino-laryngologie d'un hôpital danois de comté entre 1996 et 2005, après l'introduction du vaccin contre Haemophilus influenzae de type b. Sur dix ans, elle identifie un nourrisson et 34 adultes.

PopulationIncidence publiée
Enfants, avant l'introduction du vaccin anti-Hib (1983–1992), incidence nationale moyenne4,9 cas / 100 000 / an
Enfants, période 1996–20050,02 cas / 100 000 / an
Adultes, période 1996–2005, incidence moyenne1,9 cas / 100 000 / an, stable

Ce que les auteurs concluent : à l'ère du vaccin anti-Hib, l'épiglottite aiguë de l'enfant a quasiment disparu, tandis que l'incidence dans la population adulte est restée constante.

L'épiglottite est ainsi l'un des exemples les plus nets de ce que mesure une couverture vaccinale, sujet traité pour lui-même dans la fiche sur la vaccination et la couverture vaccinale en France. Cette fiche ne reproduit ni âge, ni intervalle, ni recommandation vaccinale : ces éléments relèvent du calendrier vaccinal en vigueur, révisé chaque année.

Ce que la série adulte a mesuré

La série de 2021 a repris neuf années de cas d'adultes de 18 ans et plus, chez qui un diagnostic infectieux d'épiglottite, de supraglottite ou d'abcès épiglottique avait été posé par laryngoscopie directe ou indirecte, dans un centre universitaire de recours. Soixante-dix patients répondaient aux critères.

Ce que la source retient :

ÉlémentValeur publiée (70 patients, 2021)
Âge moyen50,2 ans (écart-type ± 16,7)
Proportion d'hommes60 %
Patients diabétiques14,3 %
Symptômes évoluant depuis 48 heures ou plus50 %
Dysphagie relevée aux urgences47,1 %
Odynophagie45,7 %
Modification de la voix38,6 %
Stridor13,1 %
Fièvre12,9 %
Geste de contrôle des voies aériennes17,1 %

Piège classique : attendre la fièvre et le stridor. Dans cette série, ils étaient les deux éléments les moins fréquents — 12,9 % et 13,1 % — tandis que la dysphagie et l'odynophagie étaient présentes chez près d'un patient sur deux. Les auteurs soulignent par ailleurs que l'épiglottite de l'adulte constitue une entité distincte de celle de l'enfant par sa microbiologie, sa présentation et son évolution, et qu'elle a longtemps été considérée comme plus indolente.

Ce que la fiche ne dit pas : la prise en charge des voies aériennes, ses techniques, ses algorithmes et son indication. La série et l'étude danoise les décrivent ; ces éléments leur appartiennent et ne peuvent pas être résumés sans être déformés.

Ce que la démarche diagnostique situe

Le diagnostic, dans la série de 2021, reposait sur la laryngoscopie directe ou indirecte — c'est-à-dire sur la visualisation de la région sus-glottique, non sur un faisceau de signes.

Le raisonnement différentiel se pose devant une gêne pharyngo-laryngée fébrile ou une modification de la voix. Il croise les infections banales des voies aériennes supérieures, dont les durées et les signes sont exposés dans la fiche sur la rhinopharyngite, et, chez l'enfant en particulier, l'inhalation décrite dans la fiche sur le corps étranger des voies aériennes, dont l'installation est brutale et le contexte différent.

Ces renvois indiquent quelles fiches traitent quels tableaux. Ils ne constituent ni une liste de signes à surveiller, ni une indication d'orientation. Les autres repères de la spécialité sont réunis dans la rubrique ORL et voies aériennes.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'épiglottite aiguë ?

Une inflammation aiguë de l'épiglotte et des structures sus-glottiques, à l'origine d'une réduction du calibre des voies aériennes supérieures. La série publiée dans le Western Journal of Emergency Medicine en 2021 la décrit comme une cause d'obstruction aiguë des voies aériennes.

L'épiglottite a-t-elle disparu chez l'enfant ?

Dans la population étudiée par l'étude danoise publiée en 2008, elle a quasiment disparu : l'incidence chez l'enfant était de 0,02 cas pour 100 000 par an entre 1996 et 2005, contre une incidence nationale moyenne de 4,9 cas pour 100 000 par an avant l'introduction du vaccin anti-Hib (1983–1992). L'incidence chez l'adulte est restée stable, à 1,9 cas pour 100 000 par an.

Quels signes la série adulte a-t-elle relevés ?

Chez 70 patients adultes, la dysphagie était relevée chez 47,1 %, l'odynophagie chez 45,7 %, une modification de la voix chez 38,6 %, un stridor chez 13,1 % et une fièvre chez 12,9 %. La moitié des patients avaient des symptômes évoluant depuis 48 heures ou plus.

L'épiglottite de l'adulte est-elle la même maladie que celle de l'enfant ?

Les auteurs de la série de 2021 la décrivent comme une entité distincte par sa microbiologie, sa présentation et son évolution clinique. La littérature qu'ils citent rapporte pour l'adulte une mortalité de 1 à 20 %.

Comment le diagnostic est-il posé ?

Par visualisation de la région sus-glottique. Dans la série de 2021, les patients avaient un diagnostic posé par laryngoscopie directe ou indirecte. Cette fiche ne décrit ni le déroulement de cet examen, ni la prise en charge qui en découle.