Reflux menstruel et endométriose : une hypothèse, pas une explication
Le reflux menstruel désigne le passage de sang menstruel vers la cavité abdominale par les trompes. C'est l'hypothèse historique de l'origine de l'endométriose, et elle reste une hypothèse.
Le terme de reflux menstruel, ou menstruation rétrograde, désigne le passage d'une partie du sang menstruel vers la cavité péritonéale à travers les trompes, au lieu d'être évacué par le col. Il est cherché presque exclusivement pour une raison : c'est l'explication la plus souvent avancée de l'endométriose. Cette fiche dit ce que le mécanisme désigne, puis ce que les sources en vigueur écrivent réellement des causes de cette maladie — et les deux ne coïncident pas.
Cette fiche est un repère de lecture, pas un avis médical : elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir.
Ce que l'endométriose désigne
L'Organisation mondiale de la santé, dans sa fiche consacrée à l'endométriose mise à jour le 15 octobre 2025, la définit ainsi : chez les femmes atteintes, « endometrium-like tissue […] grows outside the uterus, causing inflammation and scar tissue formation » — un tissu semblable à l'endomètre se développe en dehors de l'utérus, provoquant une inflammation et la formation de tissu cicatriciel.
Deux éléments de cette définition méritent d'être soulignés :
- « semblable à l'endomètre », et non « de l'endomètre ». La formulation est prudente et elle l'est délibérément.
- inflammation et fibrose : ce sont elles qui produisent les conséquences, et non la seule présence du tissu.
Ce que l'OMS écrit des causes
C'est le point qui corrige la question posée. La fiche de l'OMS du 15 octobre 2025 indique que « the causes of endometriosis are unknown » — les causes de l'endométriose sont inconnues. Elle n'y mentionne pas le reflux menstruel, et évoque en revanche des travaux récents suggérant une association avec un dérèglement du système immunitaire, ainsi qu'un lien avec des antécédents familiaux.
Ce que cela implique pour la théorie du reflux :
- Le reflux menstruel est une hypothèse historique, formulée au début du XXᵉ siècle, et elle reste largement citée.
- Elle n'est pas retenue comme la cause par la source internationale de référence, qui écrit que les causes sont inconnues.
- Une hypothèse qui explique bien un phénomène n'en est pas la démonstration. C'est la difficulté propre à ce sujet, et la source la formule en une phrase.
Ce que cette fiche ne fait pas : elle ne tranche pas entre les théories, et elle ne présente pas le reflux menstruel comme réfuté. Elle dit ce que la source en vigueur écrit, et elle s'arrête là.
Les chiffres publiés par l'OMS
| Donnée | Valeur publiée |
|---|---|
| Fréquence | Environ 10 % des femmes en âge de procréer, soit 190 millions de personnes dans le monde |
| Délai moyen jusqu'au diagnostic | Entre 4 et 12 ans |
Ce que le second chiffre dit : le délai n'est pas une anecdote, c'est une caractéristique de la maladie telle que la source la décrit. Un intervalle allant de quatre à douze ans indique aussi que la donnée est hétérogène selon les contextes, et l'OMS le publie sous cette forme plutôt que sous la forme d'une valeur unique.
Les manifestations décrites
La fiche de l'OMS énumère : douleurs sévères pendant les règles, règles abondantes, douleurs pelviennes chroniques persistant en dehors du cycle, infertilité, ballonnement abdominal et nausées.
Piège classique : aucun de ces éléments n'est propre à l'endométriose, et c'est une des explications du délai diagnostique ci-dessus. Les douleurs de règles sévères en particulier sont longtemps rapportées à la normale, par les patientes comme par leur entourage.
Le chevauchement avec les douleurs pelviennes chroniques
Le référentiel du Collège d'urologie de l'Association française d'urologie, dans son chapitre consacré au syndrome de la douleur vésicale, rapporte que 30 % des patientes présentent des pathologies douloureuses ou des maladies chroniques associées, et cite l'endométriose parmi elles, aux côtés de la fibromyalgie et de la dépression.
C'est une information utile dans les deux sens : une douleur pelvienne chronique peut relever de plusieurs mécanismes simultanés, et le diagnostic de l'un n'exclut pas l'autre.
Ce qui n'a pas pu être vérifié
Le texte français de référence pour le diagnostic et la prise en charge de l'endométriose est une recommandation de bonne pratique élaborée conjointement par la Haute Autorité de santé et le Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Elle n'a pas pu être consultée directement auprès de la HAS à la date de rédaction, et cette fiche ne reproduit donc ni sa hiérarchie d'examens, ni ses critères, ni ses éventuels seuils. Les chiffres et définitions ci-dessus proviennent exclusivement des deux sources liées en fin de page, dont l'accès a été vérifié.
Ce que d'autres fiches couvrent
Une douleur située à la frontière thoraco-abdominale relève d'un raisonnement entièrement différent, décrit dans la fiche douleur thoracique. L'inflammation dont parle la définition de l'OMS est un processus tissulaire local, et elle ne se confond pas avec le syndrome inflammatoire biologique, dont la lecture est traitée dans la fiche sur la réaction inflammatoire. L'ensemble des repères transversaux est regroupé dans la rubrique repères généraux, et la manière dont ces fiches sont sourcées est décrite en page d'accueil.
Où lire les sources
Deux documents portent le contenu de cette fiche : la fiche d'information de l'Organisation mondiale de la santé consacrée à l'endométriose, mise à jour le 15 octobre 2025, et le chapitre « Items 40, 41 — Algies pelviennes chez la femme : le syndrome de la douleur vésicale » du référentiel du Collège d'urologie de l'AFU.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le reflux menstruel ?
C'est le passage d'une partie du sang menstruel vers la cavité péritonéale à travers les trompes, plutôt que son évacuation par le col — on parle aussi de menstruation rétrograde. Ce mécanisme est l'hypothèse historique avancée pour expliquer l'origine de l'endométriose.
Le reflux menstruel est-il la cause de l'endométriose ?
La fiche de l'Organisation mondiale de la santé du 15 octobre 2025 écrit que les causes de l'endométriose sont inconnues, et ne retient pas le reflux menstruel comme explication. Elle évoque des travaux récents suggérant une association avec un dérèglement du système immunitaire et un lien avec les antécédents familiaux. Le reflux menstruel reste donc une hypothèse citée, pas une cause établie.
Combien de personnes sont concernées par l'endométriose ?
L'Organisation mondiale de la santé estime qu'environ 10 % des femmes en âge de procréer sont atteintes, soit 190 millions de personnes dans le monde, dans sa fiche mise à jour le 15 octobre 2025.
Pourquoi le diagnostic prend-il si longtemps ?
L'OMS indique un délai moyen jusqu'au diagnostic compris entre 4 et 12 ans. Une explication tient à ce qu'aucune des manifestations décrites — douleurs de règles sévères, règles abondantes, douleurs pelviennes chroniques, infertilité, ballonnement, nausées — n'est propre à cette maladie, et que les douleurs de règles sont longtemps rapportées à la normale.
L'endométriose peut-elle coexister avec d'autres douleurs pelviennes ?
Le référentiel du Collège d'urologie rapporte que 30 % des patientes atteintes d'un syndrome de la douleur vésicale présentent des pathologies douloureuses ou chroniques associées, et cite l'endométriose parmi elles. Le diagnostic de l'une n'exclut donc pas l'autre, et la répartition des mécanismes revient au médecin qui suit la personne.