Insuffisance cardiaque chronique : ce que la FEVG dit et ne dit pas

La fraction d'éjection est le chiffre que l'on retient d'un compte rendu d'échocardiographie. C'est aussi celui qui trompe le plus, parce qu'une valeur normale n'écarte rien.

La fraction d'éjection du ventricule gauche (FEVG) est la proportion du volume contenu dans le ventricule gauche en fin de diastole qui en est éjectée à chaque systole. Elle s'exprime en pourcentage, et elle est mesurée le plus souvent en échocardiographie.

Deux précisions avant tout le reste. La première : c'est une mesure, avec une variabilité liée à la méthode employée et à l'opérateur ; deux examens successifs peuvent différer sans que le cœur ait changé. La seconde, plus importante : une FEVG normale n'écarte pas une insuffisance cardiaque. C'est même la définition d'un des trois phénotypes reconnus.

Cette fiche est un repère de lecture, pas un avis médical : elle ne remplace pas une consultation, ne comporte aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir. La décision appartient au professionnel qui prend en charge la personne.

Les trois phénotypes, et pourquoi aucun chiffre n'est donné ici

L'insuffisance cardiaque est aujourd'hui décrite selon trois phénotypes définis par la FEVG :

PhénotypeDésignation française courante
Fraction d'éjection réduiteinsuffisance cardiaque à FEVG réduite
Fraction d'éjection légèrement réduiteinsuffisance cardiaque à FEVG modérément altérée
Fraction d'éjection préservéeinsuffisance cardiaque à FEVG préservée

Ce que la fiche ne dit pas : les bornes chiffrées qui séparent ces trois catégories. Elles sont fixées par les recommandations européennes sur l'insuffisance cardiaque, dont la version en vigueur est celle publiée en 2026 par l'European Society of Cardiology dans l'European Heart Journal, liée en fin de fiche. Ce texte étant récent, ses bornes n'ont pas pu être vérifiées auprès d'une source primaire accessible à la date de rédaction, et reproduire celles d'une édition antérieure reviendrait à publier une version périmée d'un seuil décisionnel.

Piège classique : les phénotypes à fraction d'éjection légèrement réduite et préservée ne se définissent pas par la seule FEVG. Les textes de référence y ajoutent la démonstration d'une élévation des pressions de remplissage, par les peptides natriurétiques, l'imagerie ou la mesure hémodynamique. Un chiffre de FEVG isolé ne classe donc personne.

La classification NYHA

La classification de la New York Heart Association (NYHA) gradue la gêne fonctionnelle, et non la fonction cardiaque. Elle comporte quatre classes, définies par le niveau d'effort à partir duquel la dyspnée apparaît, la classe la plus sévère correspondant à des symptômes présents au repos.

Ce que la fiche ne dit pas : le libellé exact de chacune des quatre classes. Sa version en vigueur n'a pas pu être vérifiée auprès d'une source primaire accessible à la date de rédaction ; elle figure dans le texte de recommandation lié ci-dessous.

Ce que la classification note : la classe NYHA et la FEVG mesurent deux choses différentes et peuvent être discordantes. Une personne peu gênée peut avoir une fraction d'éjection très abaissée, et l'inverse existe aussi.

Les signes cliniques, et ce qu'ils traduisent

Que veut dire une « tension pincée » ? Que la différence entre la pression systolique et la pression diastolique est faible — une pression artérielle notée 10/8 en est l'exemple courant. Cette différence, appelée pression pulsée, dépend du volume éjecté et des propriétés des artères. Une pression pulsée basse peut traduire un volume d'éjection abaissé, mais elle dépend aussi de la technique de mesure. Ce que la fiche ne dit pas : aucune valeur seuil, et rien de ce qu'il convient d'en faire.

Ce que la démarche diagnostique recherche

Le diagnostic associe des symptômes, des signes de congestion et la démonstration d'une anomalie cardiaque. L'échocardiographie transthoracique est l'examen central : elle mesure la FEVG, décrit les cavités, les valves et les pressions de remplissage. Les peptides natriurétiques participent au raisonnement, avec des seuils que cette fiche ne reproduit pas. L'électrocardiogramme (ECG) et la biologie complètent le bilan.

La démarche cherche ensuite la cause, et c'est ce qui relie cette fiche aux autres : la cardiomyopathie dilatée, la cardiomyopathie restrictive, et les valvulopathies dont l'insuffisance mitrale est l'une des plus courantes. Les autres repères sont réunis dans la rubrique cardiologie et pathologie vasculaire.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la FEVG ?

La fraction d'éjection du ventricule gauche : la proportion du volume présent dans le ventricule gauche en fin de diastole qui est éjectée à chaque contraction, exprimée en pourcentage. Elle est le plus souvent mesurée en échocardiographie, et sa valeur dépend en partie de la méthode et de l'opérateur.

Quelle est une FEVG normale ?

Cette fiche ne donne pas ce chiffre. Les bornes qui définissent une fraction d'éjection réduite, légèrement réduite ou préservée appartiennent aux recommandations européennes sur l'insuffisance cardiaque, dont la version en vigueur date de 2026 et est liée sur cette page.

Peut-on avoir une insuffisance cardiaque avec une FEVG normale ?

Oui, et c'est l'un des trois phénotypes reconnus : l'insuffisance cardiaque à fraction d'éjection préservée. Son diagnostic ne repose pas sur la seule FEVG mais sur la démonstration d'une élévation des pressions de remplissage. Une fraction d'éjection normale n'écarte donc pas le diagnostic.

À quoi sert la classification NYHA ?

À graduer la gêne fonctionnelle selon le niveau d'effort à partir duquel la dyspnée apparaît, en quatre classes. Elle ne mesure pas la fonction cardiaque et peut être discordante avec la FEVG. Cette fiche ne reproduit pas le libellé des classes, qui figure dans le texte de recommandation lié ici.

Que signifie une tension pincée à 10/8 ?

Que l'écart entre la pression systolique et la pression diastolique est faible. Cet écart, appelé pression pulsée, dépend du volume éjecté et des propriétés des artères, ainsi que de la technique de mesure. Cette fiche ne donne aucun seuil et ne dit pas ce qu'une telle mesure implique.