Goitre : ce que le mot désigne et comment son volume est gradué
Un goitre est une augmentation du volume de la glande thyroïde. Le terme décrit une taille, pas une maladie, et ne dit rien à lui seul du fonctionnement de la glande.
Le mot « goitre » désigne une seule chose : l'augmentation du volume de la thyroïde. Le Collège des enseignants d'endocrinologie, diabétologie et maladies métaboliques (CEEDMM), dans son item consacré au sujet (août 2022), pose la définition ainsi : « On parle de goitre devant une augmentation du volume thyroïdien diffuse ou localisée (goitre nodulaire) ». C'est donc un signe d'examen, au même titre qu'un souffle ou une hépatomégalie — pas un diagnostic, et pas une indication du niveau hormonal.
Cette fiche sert de repère de lecture et ne remplace ni une consultation ni le texte des sociétés savantes : elle ne donne aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir. L'interprétation d'un examen ou d'un résultat revient au professionnel qui suit le patient.
C'est le point le plus souvent mal compris par qui tape le mot dans un moteur de recherche : une thyroïde augmentée de volume peut fonctionner normalement, trop, ou pas assez. Le volume et la fonction sont deux axes indépendants, et c'est pour cela que le bilan commence par un dosage hormonal et non par une imagerie.
La gradation OMS par palpation
La gradation de référence pour décrire la taille d'un goitre en population est celle de l'OMS, conjointe avec l'UNICEF et l'ICCIDD. Elle est reproduite ici telle qu'elle figure au tableau 6 du manuel Elimination of iodine deficiency disorders: a manual for health workers publié par le Bureau régional de l'OMS pour la Méditerranée orientale en 2008 (EMRO Technical Publications Series 35), texte lié en fin de page.
| Grade | Contenu du grade |
|---|---|
| 0 | Aucun goitre palpable ni visible. |
| 1 | Masse cervicale compatible avec une thyroïde augmentée de volume, palpable mais non visible lorsque le cou est en position normale, chaque lobe ayant un volume supérieur à celui de la phalange terminale du pouce du sujet examiné. La masse se déplace vers le haut à la déglutition. Une atteinte nodulaire peut exister même si la thyroïde n'est pas visiblement augmentée. |
| 2 | Tuméfaction cervicale visible cou en position normale et compatible, à la palpation, avec une thyroïde augmentée de volume. |
Ce que la gradation note : elle a été conçue comme un indicateur épidémiologique de la carence iodée dans une population, aux côtés de l'iodurie et de la consommation de sel iodé. Le même manuel précise que le taux de goitre peut aussi être évalué par échographie, plus précise et reproductible que la palpation, dont il souligne la faible précision.
Piège classique : un grade 2 n'est pas « plus grave » qu'un grade 1 au sens clinique. La gradation mesure une taille apparente, pas un risque. Un petit goitre contenant un nodule suspect appelle davantage d'explorations qu'un gros goitre homogène et euthyroïdien.
Ce que le bilan de première intention recherche
L'item CEEDMM d'août 2022 place en première intention le dosage de la TSH, et situe l'échographie thyroïdienne comme surtout utile lorsque le goitre est irrégulier. La logique est celle rappelée plus haut : établir d'abord si la glande fonctionne normalement, puis en décrire la structure.
- La fonction — c'est la TSH qui l'ouvre. Selon le résultat, la lecture bascule vers une hyperthyroïdie ou vers une hypothyroïdie de l'adulte, deux situations dont la sémiologie et le suivi n'ont rien de commun.
- La structure — l'échographie décrit le parenchyme, distingue un goitre homogène d'un goitre remanié et repère les nodules, ce qui est l'objet de la fiche nodule thyroïdien.
- Les signes de compression — le même item les énumère : troubles de la déglutition, gêne respiratoire, plus rarement signes de compression veineuse. Ce sont eux qui font parler de goitre compressif.
Les grandes causes, telles que l'item les groupe
Le CEEDMM organise le diagnostic étiologique autour de trois entités principales : la maladie de Basedow, la thyroïdite subaiguë de De Quervain et la thyroïdite auto-immune de Hashimoto. S'y ajoute, à l'échelle des populations, la carence iodée, qui est précisément ce que la gradation OMS a été construite pour mesurer.
Le même texte décrit l'évolution naturelle d'un goitre ancien : « Au fil des années et des décennies, le goitre se remanie et certaines cellules acquièrent des mutations activatrices ou oncogéniques conduisant à l'apparition de nodules. » C'est le mécanisme du goitre multinodulaire, et c'est pourquoi l'ancienneté d'un goitre change ce que l'examen cherche.
Ce que la fiche ne dit pas : ni les seuils de TSH qui séparent les situations, ni la conduite associée à chaque étiologie, ni les indications chirurgicales. Ils appartiennent aux textes liés et à l'évaluation clinique, et les sortir de leur contexte les déformerait. La question du risque tumoral relève de la fiche cancer de la thyroïde, et l'ensemble des repères de la spécialité est regroupé dans la rubrique endocrinologie et nutrition.
Pourquoi la taille seule ne suffit jamais
Trois lectures cohabitent sur le même mot, et les confondre est l'erreur la plus fréquente :
- Le volume — ce que gradue l'OMS, mesurable par palpation ou par échographie.
- La fonction — ce que mesure la TSH, indépendante du volume.
- La structure — homogène ou nodulaire, ce que décrit l'échographie, et le seul des trois axes qui porte la question du risque tumoral.
Un compte rendu qui mentionne un goitre sans préciser ces trois éléments est incomplet, et c'est souvent l'origine de l'inquiétude d'un lecteur qui n'a retenu que le mot.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un goitre, exactement ?
Une augmentation du volume de la glande thyroïde, diffuse ou localisée, selon la définition du CEEDMM (item 241, août 2022). Le terme décrit une taille constatée à l'examen ou à l'imagerie. Il ne dit ni la cause, ni le niveau des hormones thyroïdiennes, ni s'il existe un nodule à l'intérieur.
Comment la taille d'un goitre est-elle graduée ?
Par la classification OMS/UNICEF/ICCIDD en trois grades, reproduite sur cette page depuis le manuel de l'OMS de 2008 : grade 0 pour une thyroïde ni palpable ni visible, grade 1 pour une thyroïde palpable mais non visible cou en position normale, grade 2 pour une tuméfaction visible cou en position normale.
Un goitre veut-il dire que la thyroïde fonctionne mal ?
Non, pas en soi. Le volume et la fonction sont deux axes indépendants : un goitre peut s'accompagner d'une fonction normale, d'une hyperthyroïdie ou d'une hypothyroïdie. C'est le dosage de la TSH, placé en première intention par l'item CEEDMM, qui tranche cette question, et lui seul.
Qu'appelle-t-on un goitre compressif ?
Un goitre dont le volume retentit sur les structures du cou. L'item CEEDMM d'août 2022 cite les troubles de la déglutition, la gêne respiratoire et, plus rarement, des signes de compression veineuse. Cette fiche ne décrit pas la conduite associée : elle figure dans les textes des sociétés savantes liés ci-dessous.
Pourquoi l'OMS a-t-elle défini une gradation du goitre ?
Pour mesurer la carence iodée dans une population. Le manuel de 2008 présente le taux de goitre comme l'un des indicateurs du statut en iode, avec l'iodurie médiane et la consommation de sel iodé. C'est un outil d'épidémiologie, ce qui explique qu'il repose sur la palpation, technique peu coûteuse mais peu précise.