Dénutrition de l'enfant et de l'adulte : ce qui la définit et ce qui ne la définit pas
La dénutrition est un déséquilibre entre les apports et les besoins, avec perte de masse. En France elle se diagnostique cliniquement, par association de critères — pas sur un signe isolé ni sur un dosage.
Chercher les symptômes de la dénutrition chez l'adulte mène à une impasse utile à connaître : il n'existe pas de signe dont la présence pose le diagnostic. L'amaigrissement, la fonte musculaire, la fatigue, la fragilité de la peau et des cheveux accompagnent la dénutrition, mais chacun se rencontre isolément dans quantité d'autres situations, et aucun n'est spécifique. En France, le diagnostic est clinique et combinatoire.
Cette fiche est un repère de lecture destiné à situer un terme, non un avis médical : elle ne remplace pas une consultation, ne comporte aucune posologie et ne propose aucune conduite à tenir. L'évaluation d'une situation nutritionnelle appartient au professionnel qui suit la personne.
L'instrument en vigueur est la recommandation de bonne pratique « Diagnostic de la dénutrition de l'enfant et de l'adulte », élaborée conjointement par la Haute Autorité de santé (HAS) et la Fédération française de nutrition, et adoptée par le Collège de la HAS le 13 novembre 2019 (décision n° 2019.0251/DC/SBPP). Un second texte, publié en 2021, traite séparément de la personne de 70 ans et plus.
Pourquoi il n'y a pas de « bilan sanguin de la perte de poids »
C'est la question qui amène le plus de lecteurs, et la réponse est contre-intuitive : aucun examen biologique ne fait le diagnostic de dénutrition. La recommandation HAS-FFN de 2019 construit le diagnostic sur l'association de deux natures de critères :
- un critère phénotypique — ce que l'on constate sur le corps : perte de poids, corpulence, réduction de la masse ou de la fonction musculaire ;
- un critère étiologique — ce qui explique le déséquilibre : réduction des apports, malabsorption, ou situation pathologique augmentant les besoins.
Il faut un critère de chaque famille. Un amaigrissement sans cause identifiée n'est pas classé dénutrition par ce texte, et une maladie consommatrice sans retentissement corporel non plus.
Ce que la fiche ne dit pas : les valeurs chiffrées. Le texte HAS fixe des seuils précis — pourcentage de perte de poids et délai sur lequel il se mesure, indice de masse corporelle, et pour l'enfant des z-scores rapportés aux courbes de croissance. Le site de la HAS n'a pas pu être consulté depuis l'environnement de rédaction de cette fiche : ces seuils ne sont donc pas reproduits ici. Il faut les lire dans le texte lui-même, sous son titre exact donné plus haut, et non dans un résumé.
L'albumine : ce qu'elle dit et ce qu'elle ne dit pas
C'est le contresens le plus répandu dans les comptes rendus lus par les patients. La recommandation de 2019 range l'albuminémie non pas parmi les critères diagnostiques, mais parmi les critères de sévérité une fois le diagnostic posé.
La raison est physiologique : l'albumine chute dans l'inflammation, dans l'insuffisance hépatique, dans les pertes rénales et digestives. Une albuminémie basse signale un contexte, pas un apport insuffisant. Symétriquement, une albuminémie normale n'exclut pas une dénutrition installée.
- Une albumine basse chez un patient inflammatoire reflète d'abord l'inflammation ; c'est le champ de la réaction inflammatoire au sens biologique.
- Une albumine basse dans une hépatopathie reflète le défaut de synthèse, comme dans la cirrhose.
- Une albumine basse dans une entéropathie reflète une fuite digestive.
Ce que l'examen cherche derrière l'amaigrissement
Le critère étiologique oriente vers trois mécanismes, et c'est là que la démarche diagnostique se déploie réellement.
| Mécanisme | Ce que l'interrogatoire et l'examen recherchent |
|---|---|
| Apports réduits | troubles de la déglutition, état bucco-dentaire, isolement, troubles du comportement alimentaire, effets indésirables médicamenteux, dépression |
| Malabsorption ou maldigestion | diarrhée chronique, stéatorrhée, antécédent chirurgical digestif, entéropathie |
| Besoins augmentés ou hypercatabolisme | cancer évolutif, infection chronique, insuffisance d'organe, hyperthyroïdie, état inflammatoire prolongé |
Deux entrées digestives sont classiques et méritent d'être nommées, parce qu'elles se révèlent souvent par un amaigrissement isolé : la maladie cœliaque et la maladie de Crohn. Du côté endocrinien, un amaigrissement avec appétit conservé fait chercher une thyrotoxicose, ce que détaille la fiche hyperthyroïdie.
Chez l'enfant, le repère est la courbe
La recommandation de 2019 couvre l'enfant dans le même texte que l'adulte, mais l'instrument change de nature. Chez l'enfant, le poids et la taille n'ont de sens que rapportés à l'âge et à la trajectoire antérieure : c'est la cassure d'une courbe de croissance, lisible dans le carnet de santé, qui alerte — pas une valeur isolée. Un poids stable chez un enfant qui devrait grandir est une information anormale, alors que le même chiffre ne dirait rien chez un adulte.
Piège classique : transposer à l'enfant un critère d'adulte. Les seuils pédiatriques sont exprimés en écarts à une norme de croissance et ne s'expriment pas dans les mêmes unités. C'est une des raisons pour lesquelles cette fiche ne reproduit aucun chiffre.
L'échelle mondiale, pour situer le mot
L'Organisation mondiale de la santé emploie malnutrition comme terme générique — « les carences, les excès ou les déséquilibres de l'apport d'une personne en énergie et/ou en nutriments » — et y distingue la dénutrition (émaciation, retard de croissance, insuffisance pondérale), les carences en micronutriments, et le surpoids. Dans sa fiche d'information mise à jour le 1er mars 2024, elle estime pour 2022 à 390 millions le nombre d'adultes en insuffisance pondérale, à 149 millions les enfants de moins de 5 ans en retard de croissance et à 45 millions ceux en émaciation. Les autres repères de la spécialité sont regroupés dans la rubrique endocrinologie et nutrition.
Questions fréquentes
Quels sont les symptômes de la dénutrition chez l'adulte ?
Aucun n'est spécifique, et c'est le point essentiel. Amaigrissement, fonte musculaire, asthénie, fragilité cutanée et capillaire y sont fréquents, mais le diagnostic français ne repose pas sur eux : la recommandation HAS-FFN adoptée le 13 novembre 2019 exige l'association d'un critère phénotypique et d'un critère étiologique.
Une prise de sang permet-elle de diagnostiquer une dénutrition ?
Non. Aucun dosage ne pose le diagnostic. L'albuminémie, souvent présentée comme le marqueur de la dénutrition, est classée par la recommandation de 2019 comme un critère de sévérité une fois le diagnostic posé, et non comme un critère diagnostique. Elle baisse aussi dans l'inflammation et dans l'insuffisance hépatique.
Quels chiffres la recommandation HAS retient-elle ?
Elle retient des seuils de perte de poids, d'indice de masse corporelle et, chez l'enfant, des écarts aux courbes de croissance. Ces valeurs ne sont pas reproduites ici : le site de la HAS n'a pas pu être consulté au moment de la rédaction, et cette fiche ne reproduit jamais un seuil qu'elle n'a pas vérifié sur la source.
Qu'est-ce qui distingue la dénutrition de l'enfant de celle de l'adulte ?
L'instrument de mesure. Chez l'enfant, poids et taille ne s'interprètent que rapportés à l'âge et à la trajectoire de croissance antérieure ; c'est la cassure de la courbe qui signale le problème. Chez l'adulte, la référence est le poids antérieur de la personne et sa corpulence actuelle.
La dénutrition et la malnutrition sont-elles la même chose ?
Non. Dans le vocabulaire de l'Organisation mondiale de la santé, malnutrition est le terme générique : il couvre les carences, les excès et les déséquilibres d'apport, donc aussi le surpoids et les carences en micronutriments. La dénutrition n'en est qu'une des composantes, celle du déficit.