Maladie cœliaque et troubles psychiatriques : ce qu'une méta-analyse a mesuré, et ce qu'elle n'a pas mesuré

La maladie cœliaque est une entéropathie auto-immune déclenchée par le gluten. Les manifestations extra-digestives en font partie intégrante, et les manifestations psychiatriques ont été quantifiées.

La maladie cœliaque est une affection auto-immune chronique de l'intestin grêle, déclenchée chez des sujets génétiquement prédisposés par le gluten du blé, de l'orge et du seigle. La fiche grand public de la Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE), revue en mai 2018, en décrit le mécanisme : la réaction immunitaire excessive détruit progressivement les villosités intestinales et réduit la capacité d'absorption de la muqueuse. Elle touche environ 1 % de la population européenne, soit quelque 700 000 personnes en France, dont 10 à 20 % seulement sont diagnostiquées.

Cette fiche est un repère de lecture, pas un avis médical : elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir. La décision appartient au professionnel qui prend le patient en charge.

Pourquoi la question psychiatrique se pose

Parce que les manifestations de cette maladie ne sont pas seulement digestives. La même fiche SNFGE énumère, à côté de la diarrhée chronique et du ballonnement, des carences martiales et vitaminiques, une anémie, une ostéoporose, des troubles neurologiques — ataxie, épilepsie —, un vitiligo, une aménorrhée ou une infertilité, et une atteinte hépatobiliaire. La question n'est donc pas de savoir s'il existe des manifestations extra-digestives, mais dans quelle mesure les troubles psychiatriques en font partie.

Ce qu'une méta-analyse a effectivement mesuré

Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2020 dans la revue Nutrients a réuni 37 articles et calculé des rapports de cotes comparant la population cœliaque à des témoins sains.

Trouble étudiéRapport de cotes (OR)Intervalle de confiance à 95 % publié
Anxiété6,032,22–16,35
Dépression2,17voir la réserve ci-dessous
Troubles du comportement alimentaire1,621,37–1,91
Trouble du spectre de l'autisme1,531,24–1,88
Trouble déficit de l'attention avec hyperactivité1,391,18–1,63
Trouble bipolaire2,35différence non significative (p = 0,43)
Schizophrénie0,46différence non significative (p = 0,62)

Ce que la table note : l'augmentation est significative pour cinq des sept troubles étudiés, et elle ne l'est pas pour le trouble bipolaire ni pour la schizophrénie. Un résultat non significatif n'est pas un résultat nul : il signifie que cette méta-analyse n'a pas pu conclure, pas qu'il n'existe rien.

Réserve sur un chiffre : l'intervalle de confiance publié pour la dépression est imprimé, dans le résumé de l'article, sous une forme incohérente — sa borne inférieure est égale à l'estimation ponctuelle. Ce chiffre n'est donc pas reproduit ici comme s'il était exploitable ; seule l'estimation de 2,17, cohérente avec le texte, est rapportée, et l'intervalle doit être lu dans l'article lié en fin de fiche.

Ce que la méta-analyse ne dit pas : elle mesure une association, pas une causalité, et ses auteurs concluent explicitement que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour explorer les explications biologiques et l'effet éventuel du régime sans gluten. Aucune conclusion individuelle ne se tire de ces chiffres.

Ce que la démarche diagnostique recherche

L'ordre importe, et la SNFGE le précise sur un point décisif.

Piège classique, et il est majeur : la même source rappelle qu'aucun régime sans gluten ne doit être entrepris avant la confirmation du diagnostic, car la fiabilité des examens dépend de la consommation de gluten au moment où ils sont faits.

Ce avec quoi le tableau se confond

Une diarrhée chronique avec amaigrissement et syndrome de malabsorption n'appartient pas à la seule maladie cœliaque. La maladie de Whipple, infectieuse et rare, en reproduit le tableau digestif tout en comportant des manifestations neurologiques propres. Une diarrhée chronique avec douleurs et retentissement général oriente aussi vers la maladie de Crohn, dont l'atteinte du grêle est fréquente. Lorsque l'endoscopie est normale et la diarrhée persistante, c'est la colite microscopique qu'il faut avoir en tête, car elle ne se voit que sur les biopsies. Enfin, un tableau de douleurs et de troubles du transit sans anomalie retrouvée relève le plus souvent de la colopathie fonctionnelle, dont le chevauchement avec la maladie cœliaque est précisément ce qui retarde le diagnostic. Les autres repères sont réunis dans la rubrique hépato-gastro-entérologie.

Questions fréquentes

La maladie cœliaque augmente-t-elle le risque de dépression ou d'anxiété ?

La méta-analyse publiée en 2020 dans Nutrients, qui a réuni 37 articles, rapporte une augmentation significative du risque de dépression (OR 2,17) et d'anxiété (OR 6,03, intervalle de confiance 2,22–16,35) chez les personnes cœliaques par rapport à des témoins sains. Il s'agit d'une association mesurée à l'échelle de populations, non d'une prédiction individuelle.

Le régime sans gluten fait-il disparaître ces troubles ?

La méta-analyse citée ne répond pas à cette question : ses auteurs concluent que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer l'effet éventuel du régime sans gluten sur les manifestations psychiatriques. Aucune affirmation n'est donc faite ici dans un sens ou dans l'autre.

Pourquoi ne faut-il pas commencer un régime sans gluten avant les examens ?

Parce que la fiabilité des examens en dépend. La fiche SNFGE sur la maladie cœliaque, revue en mai 2018, indique explicitement qu'aucun régime sans gluten ne doit débuter avant la confirmation du diagnostic, la performance des tests étant conditionnée par la consommation de gluten.

Quel examen sert au dépistage ?

La SNFGE retient le dosage sérique des anticorps anti-transglutaminase tissulaire de type IgA comme examen de choix, une positivité conduisant à une endoscopie haute avec biopsies duodénales pour confirmer l'atrophie villositaire.

La maladie cœliaque est-elle fréquente et bien diagnostiquée ?

Elle est fréquente et mal repérée. La même source situe la prévalence autour de 1 % de la population européenne, soit environ 700 000 personnes en France, et indique que 10 à 20 % seulement de ces personnes sont diagnostiquées.