Maladie de Crohn : ce que les « stades » recherchés ne recouvrent pas, et ce qui est réellement décrit
La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire chronique pouvant atteindre tout le tube digestif. Elle n'est pas décrite par des stades numérotés, et cette absence est la première chose à comprendre.
Les recherches les plus fréquentes autour de cette maladie portent sur des « stades » — stade 1, stade 2, stade 4, stade terminal. La réponse honnête est que la maladie de Crohn n'est pas décrite par une échelle de stades numérotés dans les sources consultées pour cette fiche. Ce qui est décrit, et qui explique probablement l'origine de ces recherches, ce sont trois choses différentes : la localisation de l'atteinte, son comportement — inflammatoire, sténosant, fistulisant — et son activité au moment de l'évaluation. Ces trois axes ne se combinent pas en un chiffre.
Cette fiche est un repère de lecture, pas un avis médical. Elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir ; toute décision revient au professionnel qui prend le patient en charge.
Sur la classification elle-même : la classification phénotypique employée à l'échelle internationale pour les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin est la classification de Montréal, qui croise l'âge au diagnostic, la localisation et le comportement de la maladie. Le contenu exact de sa version en vigueur n'a pas pu être vérifié auprès d'une source primaire à la date de rédaction ; il n'est donc pas reproduit ici, et la fiche renvoie au texte de la Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE), liée en fin de page.
Ce que la SNFGE chiffre
La fiche grand public de la SNFGE consacrée à la maladie de Crohn, revue en juin 2018, donne les repères suivants :
| Donnée | Valeur retenue par la fiche SNFGE |
|---|---|
| Fréquence | environ 1 personne sur 1 000 |
| Incidence annuelle | 5 à 10 nouveaux cas pour 100 000 habitants |
| Personnes concernées en France | plus de 120 000 |
| Pic de survenue | entre 20 et 30 ans, à tout âge possible |
| Rémission durable après la première poussée | 10 à 20 % des personnes |
| Antécédent familial de maladie inflammatoire chronique | 10 à 25 % des personnes atteintes |
| Granulomes épithélioïdes sur les biopsies | environ un tiers des cas |
| Recours à la chirurgie dans les dix ans | 50 à 70 % des patients |
| Difficulté à distinguer Crohn et rectocolite hémorragique | 10 à 20 % des cas |
Ce que l'avant-dernière ligne dit : le recours à la chirurgie n'est pas un « stade terminal ». La même source indique que la récidive après intervention est quasi constante, y compris en l'absence de symptôme, ce qui explique que la préservation intestinale soit un objectif à part entière. Une maladie opérée n'est donc pas une maladie au bout de sa course : c'est une maladie dont l'histoire continue.
Ce que la localisation change
La SNFGE rappelle que la maladie peut atteindre n'importe quel segment du tube digestif, de la bouche à l'anus, que l'iléon et le côlon sont les plus souvent concernés, et que l'anus est atteint dans la moitié des cas. Cette atteinte anopérinéale est ce qui distingue le plus nettement la maladie de Crohn de sa voisine, la rectocolite hémorragique, qui ne dépasse pas le rectum et le côlon.
Le comportement de la maladie, lui, détermine les complications que la même source énumère : abcès, fistules et sténoses inflammatoires. Une sténose serrée peut faire basculer le tableau dans le registre du syndrome occlusif, avec arrêt du transit et vomissements.
Ce que la démarche diagnostique recherche
- La biologie — confirmation d'un syndrome inflammatoire ou d'une anémie.
- L'endoscopie — endoscopie œso-gastro-duodénale et coloscopie, qui visualisent des ulcérations superficielles ou profondes.
- L'imagerie — tomodensitométrie (TDM), échographie ou imagerie par résonance magnétique (IRM), qui explorent l'intestin grêle et recherchent abcès, perforation et sténose. L'IRM périnéale explore les fistules et abcès anaux.
- L'histologie — la recherche de granulomes épithélioïdes, très évocateurs lorsqu'ils sont présents, mais retrouvés dans un tiers des cas seulement.
Diagnostic différentiel : la diarrhée chronique avec malabsorption fait discuter la maladie cœliaque et ses manifestations extra-digestives, et plus rarement la maladie de Whipple, infectieuse. Les autres repères de la spécialité sont réunis dans la rubrique hépato-gastro-entérologie.
Ce que cette fiche ne dit pas
Aucun traitement n'est nommé, aucune classe médicamenteuse n'est recommandée, aucune dose n'est donnée. La fiche SNFGE traite des objectifs thérapeutiques et des familles de traitement disponibles ; c'est à elle qu'il faut se reporter. La fiche ne donne pas davantage de pronostic individuel ni d'espérance de vie.
Questions fréquentes
La maladie de Crohn a-t-elle des stades 1, 2, 3 et 4 ?
Pas dans les sources consultées pour cette fiche. Ce qui est décrit, ce sont la localisation de l'atteinte, son comportement — inflammatoire, sténosant ou fistulisant — et son activité au moment de l'évaluation. La classification phénotypique internationale est celle de Montréal, dont le contenu exact en vigueur n'est pas reproduit ici faute d'avoir pu être vérifié auprès d'une source primaire.
Que veut dire « stade terminal » appliqué à la maladie de Crohn ?
L'expression n'appartient pas au vocabulaire des sources consultées. Elle est probablement employée pour désigner une maladie ayant conduit à une chirurgie ou à des résections étendues. La fiche SNFGE indique que 50 à 70 % des patients sont opérés dans les dix ans et que la récidive après chirurgie est quasi constante — deux données qui décrivent une maladie qui dure, pas une maladie qui s'achève.
Quelle est la différence avec la rectocolite hémorragique ?
La maladie de Crohn peut atteindre tout le tube digestif, de la bouche à l'anus, avec des lésions segmentaires, et l'anus est concerné dans la moitié des cas selon la SNFGE. La rectocolite hémorragique se limite au rectum et au côlon, de façon continue. La même source indique que la distinction reste difficile dans 10 à 20 % des cas.
Combien de personnes sont concernées en France ?
La fiche SNFGE, revue en juin 2018, indique plus de 120 000 personnes en France, une fréquence d'environ 1 personne sur 1 000 et une incidence de 5 à 10 nouveaux cas pour 100 000 habitants et par an.
La maladie est-elle héréditaire ?
La SNFGE répond que non : il s'agit d'une susceptibilité génétique et non d'une transmission héréditaire. Elle indique que 10 à 25 % des personnes atteintes rapportent un antécédent familial de maladie inflammatoire chronique de l'intestin, et que le risque chez les apparentés au premier degré, bien qu'augmenté, reste faible.