Mucocèle appendiculaire : une dilatation de l'appendice par du mucus, et ce qu'elle peut cacher

Une mucocèle est une cavité distendue par du mucus. Le mot s'applique à plusieurs organes ; appliqué à l'appendice, il désigne une dilatation dont l'enjeu est entièrement histologique.

« Mucocèle » décrit une forme, pas une maladie : une cavité tapissée de muqueuse, distendue par l'accumulation du mucus qu'elle sécrète. Le terme est employé pour la lèvre et le plancher buccal, où la mucocèle salivaire donne une petite tuméfaction translucide — c'est la situation qui domine largement les recherches sur le mot. Il l'est aussi pour les sinus, pour la vésicule biliaire, et pour l'appendice vermiculaire. Cette fiche porte sur la mucocèle appendiculaire, qui n'a rien de commun avec les précédentes en dehors du mécanisme.

Cette fiche est un repère de lecture et non un avis médical : elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir. Toute décision concernant un patient revient au professionnel qui le prend en charge.

Pourquoi le mot ne suffit plus

Le point décisif est terminologique et il a été tranché par un consensus international. Une conférence de consensus du Peritoneal Surface Oncology Group International (PSOGI), publiée en 2016 dans l'American Journal of Surgical Pathology à l'issue d'un processus Delphi modifié, a redéfini la classification des tumeurs mucineuses de l'appendice. Elle retient notamment que le terme « cystadénome » ne devrait plus être recommandé.

La raison est clinique : une dilatation mucineuse de l'appendice peut correspondre à des lésions dont le comportement biologique diffère radicalement, et le mot « mucocèle », qui ne décrit qu'un aspect macroscopique, ne permet pas de les distinguer. La classification actuelle porte donc sur l'histologie, pas sur l'aspect.

Catégorie retenue par le consensus PSOGI 2016Ce qui la définit
Tumeur mucineuse appendiculaire de bas grade (LAMN)absence d'invasion infiltrante ; terme soutenu par le consensus
Tumeur mucineuse appendiculaire de haut grade (HAMN)absence d'invasion infiltrante mais atypies cytologiques de haut grade ; terme proposé par ce consensus
Adénocarcinome mucineuxterme réservé aux lésions comportant une invasion infiltrante
Polype festonné, avec ou sans dysplasielésion limitée à la muqueuse, musculaire muqueuse intacte

Ce que la classification note : la ligne de partage n'est pas la quantité de mucus mais la présence ou l'absence d'invasion infiltrante, et l'existence d'atypies de haut grade. C'est ce que le compte rendu anatomopathologique établit, et c'est pourquoi aucune imagerie ne conclut seule.

Le pseudomyxome péritonéal, et ce que le consensus en dit

Le même texte définit le pseudomyxome péritonéal comme l'accumulation intrapéritonéale de mucus due à une néoplasie mucineuse, caractérisée par le phénomène de redistribution. Trois catégories ont fait consensus : bas grade, haut grade, et haut grade avec cellules en bague à chaton. Le mucus acellulaire, lui, doit être classé à part.

Une revue publiée en 2020 dans l'ANZ Journal of Surgery rappelle que les tumeurs mucineuses de l'appendice sont rares, qu'elles évoluent généralement pendant de nombreuses années avant de donner un signe clinique, et que l'histopathologie est la pierre angulaire de la décision. La même revue signale que les mises à jour successives de la classification expliquent une confusion persistante chez les cliniciens — ce qui est précisément la raison d'être de cette fiche.

Comment la lésion se révèle

Il n'y a pas de tableau propre, et c'est le deuxième message de la fiche.

Ce que la fiche ne dit pas : ni la conduite opératoire, ni l'étendue de l'exérèse, ni les indications de chimiothérapie intrapéritonéale, qui figurent dans les textes liés en fin de page. Ces décisions dépendent de l'histologie et de l'extension, deux données qu'aucune fiche ne possède.

Ce avec quoi on la confond

La douleur de la fosse iliaque droite est le carrefour de cette fiche. Une douleur brutale et localisée qui régresse seule oriente vers l'appendagite épiploïque, inflammation d'une frange graisseuse du côlon. Une anomalie de la graisse abdominale découverte fortuitement au scanner renvoie plutôt à la panniculite mésentérique, qui concerne le mésentère et non l'appendice. Et une diarrhée fébrile récente sous antibiothérapie relève d'un tout autre raisonnement, celui de la colite pseudomembraneuse. Les autres repères de la spécialité sont réunis dans la rubrique hépato-gastro-entérologie.

Questions fréquentes

« Mucocèle » désigne-t-il toujours la même chose ?

Le mécanisme, oui : une cavité distendue par du mucus. L'organe, non. La mucocèle la plus courante est salivaire et siège sur la lèvre ou le plancher buccal ; il existe aussi des mucocèles sinusiennes et vésiculaires. La mucocèle appendiculaire est une entité distincte, dont l'enjeu est histologique.

Une mucocèle appendiculaire est-elle une tumeur ?

Le terme désigne un aspect, pas une nature. Le consensus PSOGI publié en 2016 dans l'American Journal of Surgical Pathology classe les lésions mucineuses de l'appendice selon leur histologie — tumeur mucineuse de bas grade, de haut grade, adénocarcinome mucineux, polype festonné — et retient que le terme « cystadénome » ne devrait plus être recommandé. Seul l'examen anatomopathologique tranche.

Qu'est-ce qu'un pseudomyxome péritonéal ?

Le consensus PSOGI 2016 le définit comme l'accumulation intrapéritonéale de mucus due à une néoplasie mucineuse, caractérisée par le phénomène de redistribution. Trois catégories y ont fait consensus : bas grade, haut grade, et haut grade avec cellules en bague à chaton, le mucus acellulaire étant classé séparément.

Qu'est-ce qu'un stercolithe appendiculaire, et est-ce lié ?

Un stercolithe est une concrétion de matière fécale durcie qui obstrue la lumière appendiculaire ; c'est l'une des causes classiques d'appendicite. Le mécanisme obstructif est partagé avec la mucocèle, mais le contenu ne l'est pas : mucus dans un cas, matière fécale dans l'autre.

Une mucocèle donne-t-elle des symptômes ?

Elle peut n'en donner aucun et être découverte fortuitement, simuler complètement une appendicite aiguë, ou se manifester par une masse de la fosse iliaque droite. La revue publiée en 2020 dans l'ANZ Journal of Surgery souligne que ces lésions évoluent souvent de nombreuses années avant de donner un signe clinique.