Sténose urétrale : ce que le terme désigne, les symptômes et les causes
Une sténose urétrale est un rétrécissement fixe du calibre de l'urètre. Les symptômes qu'elle provoque sont communs à beaucoup d'autres obstacles, ce qui explique les retards de diagnostic.
« Rétrécissement de l'urètre » et « sténose urétrale » désignent la même chose : une diminution fixe du calibre du conduit qui évacue l'urine. La recherche sur les symptômes bute sur une difficulté réelle — aucun des signes fonctionnels de cette affection ne lui est propre. Ils sont partagés avec toutes les causes d'obstacle sous-vésical. Cette fiche dit donc ce que le terme recouvre exactement, ce que les textes en vigueur chiffrent, et où la sémiologie s'arrête.
Repère de lecture et non avis médical : cette fiche ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir. Ce qui est décidé pour un patient l'est par le professionnel qui le suit.
Sténose, rétrécissement, oblitération : les mots ne sont pas interchangeables
Les recommandations de l'European Association of Urology consacrées aux sténoses urétrales (édition 2026) distinguent plusieurs situations, et la distinction est anatomique :
- **Sténose urétrale (stricture)** — chez l'homme, « a narrowed segment of the anterior urethra due to a process of fibrosis and cicatrisation », c'est-à-dire un segment rétréci de l'urètre antérieur par fibrose, avec atteinte du corps spongieux.
- **Sténose postérieure (stenosis)** — dans l'urètre postérieur, qui ne comporte pas de tissu spongieux, le texte indique que le terme stenosis est préféré.
- Sténose du méat — un rétrécissement court, distal, siégeant au méat sans atteinte de la fosse naviculaire.
Chez l'homme, l'urètre antérieur est le siège le plus fréquent (92,2 % selon le même texte), et l'urètre bulbaire à lui seul représente 46,9 % des localisations.
Chez la femme, une définition chiffrée et une entité rare
La sténose urétrale féminine est l'objet d'une partie importante des recherches sur ce terme, et elle est définie autrement. L'EAU 2026 la décrit comme un « fixed anatomical narrowing » — un rétrécissement anatomique fixe — dont les seuils publiés vont de moins de 10 Fr à moins de 20 Fr, la majorité des séries retenant moins de 14 Fr, pour un calibre urétral normal de 18 à 30 Fr.
Ce que le texte note sur les symptômes : le tableau est mixte, associant des signes de la phase de remplissage et de la phase mictionnelle. Les fréquences rapportées par l'EAU 2026 :
| Signe | Fréquence rapportée |
|---|---|
| Pollakiurie | 63 % |
| Urgenturie | 55 % |
| Sensation de vidange incomplète | 36 % |
| Jet faible | 32 % |
| Incontinence urinaire (d'effort, par urgenturie ou mixte) | 31 % |
| Poussée abdominale pour uriner | 21,5 % |
| Infection urinaire | 20,5 % |
| Nycturie | 20,5 % |
| Dysurie | 20 % |
Piège classique : cette liste ne permet pas de faire le diagnostic, elle explique pourquoi il est manqué. Le même texte situe la fréquence de la sténose urétrale féminine authentique entre 0,08 et 5,4 % des femmes ayant des troubles mictionnels rebelles — autrement dit, ces symptômes très communs sont rarement dus à une sténose.
Ce qui provoque une sténose
Les causes, telles que l'EAU 2026 les chiffre :
| Cause (homme) | Part rapportée |
|---|---|
| Cause iatrogène, toutes origines | 32 à 79 % des sténoses |
| Chirurgie endoscopique de la prostate | 41 % des causes iatrogènes |
| Sondage urinaire | 11,2 à 16,3 % des sténoses |
| Urétrite infectieuse (IST) | 0,9 à 4,6 % en pays à ressources élevées, 41,6 % en pays à faibles ressources |
| Lichen scléreux | 20 % des atteintes urétrales, 48,6 % des sténoses pan-urétrales |
| Idiopathique | 34 % des sténoses péniennes, 63 % des sténoses bulbaires |
Chez la femme, le même texte donne une répartition différente : idiopathique 48,5 %, iatrogène 24,1 %, traumatique 16,4 %.
Ce que ces chiffres disent : la première cause, chez l'homme, est le geste médical lui-même — endoscopie ou sondage. C'est le point le moins intuitif de ce chapitre et celui qui explique la surveillance après ces gestes.
Les complications, et le lien avec la rétention
Un obstacle urétral fixe retentit en amont. Le référentiel du Collège d'urologie de l'AFU consacré à la rétention aiguë d'urine cite explicitement la sténose urétrale parmi les causes obstructives, aux côtés de l'hypertrophie bénigne de la prostate, de la prostatite aiguë et du traumatisme de l'urètre. Le tableau correspondant, globe vésical et rétention aiguë, a sa propre sémiologie et son propre degré d'urgence.
La stase urinaire liée à une vidange incomplète est par ailleurs le terrain des infections urinaires récidivantes, que l'EAU 2026 retrouve chez 20,5 % des femmes ayant une sténose.
Ce que la démarche diagnostique recherche
L'examen cherche d'abord à situer l'obstacle : son siège, sa longueur, son caractère unique ou multiple, et l'état du tissu autour de lui. La débitmétrie objective le trouble sans le localiser ; l'imagerie urétrale et l'endoscopie le localisent. Les modalités, leurs indications et leur hiérarchie figurent dans le texte EAU lié en fin de page, avec leur niveau de preuve.
Le diagnostic différentiel est celui de tout obstacle sous-vésical, et il recouvre chez l'homme âgé la pathologie prostatique — dont le retentissement hormonal relève d'un autre chapitre, celui du déficit en testostérone lié à l'âge. Une anomalie rénale découverte à l'échographie faite pour ces symptômes, comme un kyste rénal, relève d'une lecture séparée. L'ensemble des repères de la spécialité est regroupé dans la rubrique urologie et néphrologie.
Où lire le texte en vigueur
Le texte de référence est constitué par les EAU Guidelines on Urethral Strictures, dont l'édition 2026 couvre l'homme, la femme et les patients transgenres. C'est lui qui porte les définitions et les chiffres repris ici.
Questions fréquentes
Quels symptômes provoque un rétrécissement de l'urètre ?
Des troubles mictionnels non spécifiques : jet faible, dysurie, sensation de vidange incomplète, poussée abdominale, pollakiurie, nycturie, infections urinaires à répétition. L'EAU 2026 chiffre chacun de ces signes chez la femme (pollakiurie 63 %, urgenturie 55 %, vidange incomplète 36 %, jet faible 32 %). Aucun n'est propre à la sténose.
Quelle différence entre sténose urétrale et sténose du méat ?
La sténose du méat est définie par l'EAU 2026 comme un rétrécissement court, distal, situé au méat et n'atteignant pas la fosse naviculaire. La sténose urétrale proprement dite concerne un segment de l'urètre antérieur avec fibrose du corps spongieux. Le siège et l'étendue ne sont donc pas les mêmes.
La sténose urétrale existe-t-elle chez la femme ?
Oui, mais elle est rare. L'EAU 2026 la définit comme un rétrécissement anatomique fixe, la majorité des séries retenant un calibre inférieur à 14 Fr pour un calibre normal de 18 à 30 Fr, et situe sa fréquence entre 0,08 et 5,4 % des femmes ayant des troubles mictionnels rebelles.
Quelles sont les causes les plus fréquentes ?
Chez l'homme, la cause iatrogène domine : l'EAU 2026 lui attribue 32 à 79 % des sténoses, dont 41 % liées à la chirurgie endoscopique de la prostate, et 11,2 à 16,3 % au sondage urinaire. La part idiopathique reste importante (34 % des sténoses péniennes, 63 % des bulbaires). Chez la femme, la cause idiopathique arrive en tête avec 48,5 %.
Une sténose urétrale peut-elle provoquer une rétention d'urine ?
Le référentiel du Collège d'urologie de l'AFU consacré à la rétention aiguë d'urine cite la sténose urétrale parmi les causes obstructives de rétention. Cette fiche ne décrit ni la conduite à tenir devant une rétention ni les délais associés : ils figurent dans le référentiel lié.