Appendagite épiploïque primitive : la frange graisseuse qui imite une urgence chirurgicale
L'appendagite épiploïque est l'inflammation d'une frange graisseuse appendue au côlon, le plus souvent par torsion. Elle donne une douleur abdominale localisée qui ressemble à une urgence chirurgicale sans en être une.
Le côlon porte sur sa face externe une centaine de petites formations graisseuses pédiculées, les appendices épiploïques — on dit aussi franges épiploïques. Chacune est un lobule de graisse suspendu par un pédicule fin qui contient ses vaisseaux. Lorsque ce pédicule se tord, la frange s'infarcit et s'enflamme : c'est l'appendagite épiploïque, qualifiée de primitive parce qu'aucune maladie de voisinage ne l'explique.
Cette fiche est un repère de lecture, pas un avis médical. Elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir ; la décision revient toujours au professionnel qui prend le patient en charge.
Ce que le terme désigne exactement
Trois mots circulent pour la même chose et il vaut la peine de les séparer :
- Appendice épiploïque ou frange épiploïque — la structure anatomique normale, présente chez tout le monde sur toute la longueur du côlon.
- Appendagite — l'inflammation de cette structure, quelle qu'en soit la cause.
- Appendagite primitive — la forme dans laquelle la torsion du pédicule est le mécanisme, sans maladie colique sous-jacente. C'est celle dont traite cette fiche.
Le mot n'a donc rien à voir avec l'appendice vermiculaire, malgré la proximité sonore. La confusion est fréquente et elle est exactement le problème clinique de cette pathologie.
Qui elle touche, et à quelle fréquence
Une série française publiée en 2015 dans le Pan African Medical Journal décrit l'appendagite comme une pathologie rare survenant principalement chez l'adulte entre 20 et 50 ans. Les auteurs écrivent que son incidence réelle n'est pas connue et qu'elle varie de 2 à 7 % chez les patients hospitalisés pour suspicion d'appendicite ou de sigmoïdite.
Ce que ce chiffre dit : le dénominateur n'est pas la population générale mais les patients déjà suspects d'une urgence abdominale. La fourchette mesure donc une chose précise — la proportion de fausses urgences dans ce groupe — et pas la fréquence de l'affection en ville.
Ce que l'examen trouve, et ce qu'il ne trouve pas
Le motif de consultation est une douleur abdominale, le plus souvent de la fosse iliaque, d'installation assez brutale et bien localisée. Dans la série de cinq cas citée plus haut, l'examen abdominal montrait toujours une sensibilité localisée ; la fièvre était présente chez trois patients sur cinq et un syndrome inflammatoire biologique chez trois également.
Aucun de ces éléments ne distingue l'appendagite de ce qu'elle imite. C'est le point important de la fiche : la distinction ne se fait pas sur l'examen clinique, et elle ne se fait pas non plus sur la biologie. Elle se fait sur l'imagerie.
Les auteurs de la même série rapportent que l'échographie et la tomodensitométrie (TDM) abdominales ont formellement écarté une urgence chirurgicale et évoqué le diagnostic d'appendagite dans trois cas sur cinq ; trois patients ont eu une cœlioscopie diagnostique qui a confirmé le diagnostic. Leur conclusion est que le diagnostic peut être affirmé par imagerie, en particulier par le scanner hélicoïdal injecté, ce qui évite des interventions et des hospitalisations inutiles.
Le diagnostic différentiel est le sujet de la fiche
Selon le segment colique concerné, l'appendagite emprunte le masque de deux urgences différentes :
| Siège de la frange | Tableau imité | Ce qui les sépare |
|---|---|---|
| Côlon droit, cæcum | appendicite aiguë | le scanner, qui montre l'appendice normal et la lésion graisseuse |
| Sigmoïde, côlon gauche | sigmoïdite diverticulaire | le scanner, qui ne montre ni diverticule inflammatoire ni épaississement pariétal |
Le premier diagnostic à écarter reste donc l'appendicite aiguë, dont la sémiologie initiale est superposable. Le second est la maladie diverticulaire : la douleur de la fosse iliaque gauche du sujet de plus de cinquante ans évoque d'abord une diverticulose colique compliquée. Une douleur de la fosse iliaque droite avec adénopathies isolées oriente au contraire vers une inflammation des ganglions mésentériques. Enfin, une anomalie de la graisse abdominale vue au scanner ne désigne pas forcément une frange : la panniculite mésentérique concerne le tissu graisseux du mésentère et se découvre le plus souvent fortuitement. Les autres repères de la spécialité sont réunis dans la rubrique hépato-gastro-entérologie.
Ce que cette fiche ne dit pas
Ni traitement, ni médicament, ni durée d'évolution chiffrée. La série de 2015 indique que l'évolution a été favorable chez tous ses patients et que l'imagerie permet d'instaurer un traitement médical de première intention ; le détail de ce traitement appartient au texte publié, lié en bas de page, et non à ce résumé. Cette fiche ne comporte par ailleurs aucune image : le diagnostic est radiologique, et une figure qui n'est pas le scanner du patient n'apprendrait rien.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une frange épiploïque ?
C'est une petite formation graisseuse pédiculée appendue à la face externe du côlon. Il y en a normalement une centaine, réparties sur toute la longueur du cadre colique. Chacune est suspendue par un pédicule fin contenant ses vaisseaux, ce qui explique qu'une torsion puisse l'infarcir.
L'appendagite épiploïque a-t-elle un rapport avec l'appendicite ?
Aucun sur le plan anatomique. L'appendicite touche l'appendice vermiculaire, un diverticule du cæcum ; l'appendagite touche une frange graisseuse du côlon. Le rapport est clinique : les deux donnent une douleur localisée de la fosse iliaque droite, et c'est l'imagerie qui les sépare.
Combien de fois l'appendagite est-elle prise pour une appendicite ?
La série publiée en 2015 dans le Pan African Medical Journal indique que l'incidence de l'appendagite n'est pas réellement connue et qu'elle varie de 2 à 7 % chez les patients hospitalisés pour suspicion d'appendicite ou de sigmoïdite. Ce chiffre porte sur ce groupe de patients, pas sur la population générale.
Quel examen fait le diagnostic ?
Les auteurs de cette même série retiennent l'imagerie, et en particulier le scanner hélicoïdal injecté, comme l'examen qui permet d'affirmer le diagnostic. Ils précisent que cela évite un traitement chirurgical et des hospitalisations excessives. Cette fiche ne reproduit pas les critères radiologiques précis, qui relèvent du compte rendu du radiologue.
L'appendagite peut-elle se compliquer ?
Les sources consultées pour cette fiche décrivent une affection bénigne d'évolution favorable, sans en chiffrer le risque de complication. Aucun taux n'est donc donné ici. L'évolution d'un cas particulier ne se déduit pas d'une fiche : elle appartient au médecin qui suit le patient.