Ulcère gastrique et duodénal : ce que l'endoscopie voit, et ce que « fausse membrane » ne désigne pas ici
L'ulcère gastro-duodénal est une perte de substance profonde de la paroi de l'estomac ou du duodénum. Le fond de cette perte de substance est fibrineux, ce qui entretient une confusion de vocabulaire qu'il faut lever.
Une fausse membrane est un enduit adhérent de fibrine, de mucus et de débris cellulaires recouvrant une muqueuse lésée. Le terme décrit un aspect, et dans le tube digestif il appartient d'abord à une autre pathologie : la colite pseudomembraneuse, où les plaques jaunâtres du côlon sont, elles, de véritables pseudomembranes. Le fond d'un ulcère gastrique ou duodénal est recouvert d'un enduit fibrineux qui lui ressemble, mais ce n'est pas la même lésion et ce n'est pas ce que le terme désigne en pratique. Cette fiche lève la confusion, puis traite de l'ulcère.
Elle est un repère de lecture et non un avis médical : elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir.
Ce qu'est un ulcère gastro-duodénal
C'est une perte de substance de la paroi interne de l'estomac ou du duodénum, creusant la muqueuse en profondeur jusqu'à la couche musculeuse. Ce critère de profondeur est ce qui le sépare d'une simple érosion, qui reste superficielle. La distinction n'est pas académique : elle conditionne le risque de complication.
D'où il vient
La fiche grand public de la Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE) consacrée à la gastrite, revue en février 2018, situe le rôle de Helicobacter pylori, bactérie qui colonise la muqueuse gastrique et y entretient une inflammation chronique.
| Donnée publiée par la SNFGE | Valeur |
|---|---|
| Portage de H. pylori en France avant 30 ans | 10 à 20 % |
| Portage après 50 à 60 ans | environ 50 % |
| Personnes infectées développant un ulcère gastrique ou duodénal | 10 % |
| Personnes infectées développant un cancer gastrique | 1 % |
Ce que ces chiffres disent : le portage est banal, la maladie ulcéreuse ne l'est pas. La bactérie est une condition fréquente et non suffisante, ce qui explique que la majorité des porteurs n'ait jamais d'ulcère.
L'autre grande cause est médicamenteuse. La fiche SNFGE consacrée à l'hémorragie digestive cite les anti-inflammatoires non stéroïdiens, l'aspirine, H. pylori et le stress parmi les origines des lésions gastriques aiguës, et indique que les anti-inflammatoires non stéroïdiens augmentent nettement les complications ulcéreuses, en particulier après 65 ans, en cas d'antécédent d'ulcère ou d'anticoagulation concomitante.
Ce que l'endoscopie recherche
L'endoscopie œso-gastro-duodénale est l'examen qui voit la lésion. La SNFGE la décrit, dans le contexte de la gastrite, comme l'examen de référence, associé à des biopsies dirigées permettant de mettre en évidence Helicobacter pylori.
Ce que l'examen établit tient en quatre points : le siège de la lésion, gastrique ou duodénal ; sa profondeur, qui la sépare d'une érosion ; la présence de signes de saignement récent ; et le résultat des biopsies, qui documentent la bactérie et, sur l'estomac, la nature de la lésion.
Piège classique signalé par la SNFGE : la gastrite chronique est habituellement asymptomatique et ne doit pas être confondue avec la maladie ulcéreuse, le reflux ou la dyspepsie. La même source écrit qu'« une gastrite symptomatique est une gastrite compliquée », c'est-à-dire qu'un symptôme signe le passage à l'ulcère ou au cancer plutôt que la gastrite elle-même.
Ce que l'ulcère peut entraîner
Deux complications dominent, et chacune relève d'une autre fiche.
- L'hémorragie — la fiche SNFGE sur l'hémorragie digestive attribue à la maladie ulcéreuse deux tiers des hémorragies digestives hautes. C'est de loin la première cause, et le sujet est traité en entier sur la fiche hémorragie digestive.
- La perforation — elle ouvre la cavité péritonéale au contenu digestif. La fiche SNFGE sur la péritonite cite d'ailleurs l'ulcère perforé parmi les causes de péritonite aiguë, qu'elle décrit comme une urgence chirurgicale engageant le pronostic vital. Cette fiche s'arrête à ce constat et n'en détaille pas la prise en charge.
Sur le plan du diagnostic différentiel, une douleur épigastrique survenant après les repas partage son siège avec le reflux gastro-œsophagien, dont le mécanisme et le traitement diffèrent. Les autres repères sont réunis dans la rubrique hépato-gastro-entérologie.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une fausse membrane, et en trouve-t-on dans un ulcère ?
Une fausse membrane est un enduit adhérent de fibrine, de mucus et de débris cellulaires sur une muqueuse lésée. Dans le tube digestif, le terme désigne surtout les plaques coliques de la colite pseudomembraneuse. Le fond d'un ulcère est recouvert d'un enduit fibrineux comparable dans sa composition, mais il n'est pas décrit sous ce nom et ne relève pas du même contexte.
Quelle est la différence entre un ulcère et une érosion ?
La profondeur. L'ulcère creuse la paroi jusqu'à la couche musculeuse ; l'érosion reste superficielle. Cette différence conditionne le risque hémorragique et le risque de perforation.
Helicobacter pylori donne-t-il toujours un ulcère ?
Non, et c'est même l'exception. La fiche SNFGE sur la gastrite, revue en février 2018, indique que 10 % des personnes infectées développeront un ulcère gastrique ou duodénal, et 1 % un cancer gastrique, alors que le portage concerne environ 50 % des personnes après 50 à 60 ans en France.
L'ulcère est-il une cause fréquente d'hémorragie digestive ?
C'est la première. La fiche SNFGE consacrée à l'hémorragie digestive attribue à la maladie ulcéreuse deux tiers des hémorragies digestives hautes.
Une gastrite fait-elle mal ?
Habituellement non. La SNFGE écrit que la gastrite chronique est typiquement asymptomatique et qu'« une gastrite symptomatique est une gastrite compliquée ». Autrement dit, un symptôme oriente vers l'ulcère ou une autre complication plutôt que vers la gastrite elle-même.