Aspergillome du sinus, balle fongique et aspergilloses : ce que chaque terme recouvre

« Aspergillome du sinus » désigne en pratique une balle fongique sinusienne — et la littérature ORL recommande précisément d'éviter ce mot pour la nommer. Derrière un terme unique se trouvent plusieurs maladies très différentes.

Aspergillus est un genre de champignons filamenteux ubiquitaires dont les spores sont présentes dans l'environnement. Les maladies qu'ils provoquent ne forment pas une entité unique : elles se répartissent selon le terrain du patient et selon que le champignon envahit ou non les tissus.

Cette fiche est un repère de lecture, pas un avis médical : aucune posologie, aucune conduite à tenir, et rien qui remplace une consultation. Ce qui concerne un patient donné revient au professionnel qui le prend en charge.

« Aspergillome du sinus » : ce que la littérature ORL en dit

La revue Fungus balls of the paranasal sinuses: a review, parue dans European Archives of Oto-Rhino-Laryngology en 2007, est explicite sur ce point, et sa position est le cœur de cette section.

Ce que la source retient :

Piège classique : lire « aspergillome du sinus » comme une aspergillose. Le mot aspergillome suggère à la fois un agent — Aspergillus — et une maladie invasive, alors que l'entité désignée est définie par l'absence d'invasion tissulaire et n'est pas nécessairement due à ce genre fongique. C'est une différence de nature, pas de degré.

La même source ajoute que la présentation clinique est non spécifique et que le diagnostic est habituellement suspecté sur l'imagerie.

Les formes d'aspergillose, et ce qui les sépare

FormeTerrain, selon les sources citéesMécanisme
Balle fongique sinusiennecavité sinusienne, sujet par ailleurs sainaccumulation non invasive
Aspergillose bronchopulmonaire allergique (ABPA)asthme mal contrôléhypersensibilité à Aspergillus fumigatus
Aspergillose pulmonaire chronique (APC)sujet immunocompétent porteur d'une maladie respiratoire sous-jacentedestruction pulmonaire lente
Aspergillose invasiveimmunodépression profondeenvahissement tissulaire et vasculaire

Ce tableau n'est pas une gradation : ce sont quatre situations distinctes, et le terrain est ce qui les sépare.

L'aspergillose bronchopulmonaire allergique est décrite par la revue Allergic bronchopulmonary aspergillosis: review of literature and proposal of new diagnostic and classification criteria, parue dans Clinical and Experimental Allergy en 2013, comme un trouble pulmonaire immunologique dû à une hypersensibilité à Aspergillus fumigatus, se manifestant par un asthme mal contrôlé, des infiltrats pulmonaires récidivants et des dilatations des bronches. La même source indique que l'enjeu de sa reconnaissance est de retarder ou de prévenir l'apparition des dilatations bronchiques, qui constituent une atteinte pulmonaire définitive. Le versant asthmatique de ce tableau croise ce qu'expose la fiche sur l'exacerbation sévère d'asthme.

L'aspergillose pulmonaire chronique est décrite par la mise au point Chronic pulmonary aspergillosis update: A year in review, parue dans Medical Mycology en 2019, comme une maladie pulmonaire peu fréquente et lentement destructrice, caractérisée par une excavation progressive, une fibrose et un épaississement pleural, survenant habituellement chez des sujets immunocompétents porteurs d'une pathologie respiratoire préexistante.

Ce que la tuberculose a à voir avec l'aspergillose

C'est la donnée la plus contre-intuitive du dossier, et elle est chiffrée.

Ce que la source retient : la même mise au point de 2019 estime que jusqu'à 3 millions de personnes sont atteintes d'aspergillose pulmonaire chronique dans le monde, et désigne la tuberculose pulmonaire comme le déterminant le plus important de cette charge mondiale, avec une estimation d'environ 1,2 million de patients dont l'aspergillose pulmonaire chronique fait suite à une tuberculose.

La séquelle cavitaire d'une tuberculose constitue donc, à l'échelle mondiale, le principal terrain de cette forme — ce qui donne à la fiche sur la tuberculose une portée qui dépasse l'infection elle-même. Une toux persistante chez un patient ayant un antécédent respiratoire relève par ailleurs de la démarche exposée dans la fiche sur la toux chronique de l'adulte.

Ce que la démarche diagnostique recherche

Les sources convergent sur un point : le diagnostic ne repose pas sur un examen unique. La mise au point de 2019 indique que le diagnostic de l'aspergillose pulmonaire chronique est souvent difficile et retardé, et qu'il doit reposer sur une combinaison de caractéristiques — ce qui est exactement l'inverse d'un test décisif.

Ce que la fiche ne dit pas : les antifongiques, leurs indications, leurs durées et le suivi thérapeutique. Les textes cités les détaillent, tout comme les premières recommandations européennes conjointes consacrées à l'aspergillose pulmonaire chronique, publiées en 2016 par l'ESCMID, l'European Respiratory Society et l'ECMM, que la mise au point de 2019 identifie comme le texte de référence du domaine. Ce sont ces documents qui font foi, pas ce résumé.

Ce qui n'a pas pu être vérifié : aucune donnée française d'incidence ou de prévalence des aspergilloses, toutes formes confondues, n'a pu être confirmée auprès d'une source primaire accessible à la date de rédaction. Cette fiche n'en avance donc aucune. Les autres repères du champ infectieux sont réunis dans la rubrique maladies infectieuses et parasitaires.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un aspergillome du sinus ?

L'expression désigne en pratique une balle fongique sinusienne, définie comme l'accumulation non invasive de concrétions fongiques denses dans une cavité sinusienne, le plus souvent le sinus maxillaire. La revue parue dans European Archives of Oto-Rhino-Laryngology en 2007 recommande d'éviter les termes aspergillome, mycétome et aspergillose pour la nommer, parce qu'ils prêtent à confusion.

Une balle fongique est-elle une aspergillose invasive ?

Non, et c'est précisément la distinction que la terminologie brouille. Les rhinosinusites fongiques se répartissent en formes invasives et non invasives selon la présence ou l'absence de filaments fongiques dans les tissus à l'examen microscopique ; la balle fongique appartient aux formes non invasives, définies par l'absence d'invasion.

Quelles sont les principales formes d'aspergillose ?

Les sources citées distinguent la balle fongique sinusienne, l'aspergillose bronchopulmonaire allergique survenant sur un asthme mal contrôlé, l'aspergillose pulmonaire chronique survenant chez des sujets immunocompétents porteurs d'une maladie respiratoire sous-jacente, et l'aspergillose invasive du sujet profondément immunodéprimé. Le terrain est ce qui les sépare.

Faut-il être immunodéprimé pour développer une aspergillose ?

Pas pour toutes les formes. La mise au point parue dans Medical Mycology en 2019 précise que l'aspergillose pulmonaire chronique est habituellement observée chez des sujets immunocompétents porteurs d'une pathologie respiratoire préexistante. L'immunodépression profonde est le terrain de la forme invasive.

Quel est le lien entre tuberculose et aspergillose pulmonaire chronique ?

La même mise au point désigne la tuberculose pulmonaire comme le déterminant le plus important de la charge mondiale d'aspergillose pulmonaire chronique, avec une estimation d'environ 1,2 million de patients chez qui elle fait suite à une tuberculose, sur un total estimé jusqu'à 3 millions de personnes atteintes dans le monde.