Colite pseudomembraneuse : ce que la fausse membrane traduit et d'où elle vient
La colite pseudomembraneuse est une colite dont la muqueuse se couvre de plaques jaunâtres adhérentes, les pseudomembranes. Dans la très grande majorité des cas, elle relève de la bactérie Clostridioides difficile.
Une pseudomembrane — une « fausse membrane » — est un enduit de fibrine, de mucus, de polynucléaires et de débris cellulaires qui adhère à une muqueuse lésée. Sur le côlon, elle forme des plaques jaunâtres de quelques millimètres, parfois confluentes, visibles à l'endoscopie. Le terme décrit donc un aspect, pas une cause ; mais dans le tube digestif, cet aspect renvoie presque toujours à une seule bactérie.
Cette fiche est un repère de lecture. Elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir ; la décision appartient au professionnel qui prend le patient en charge.
Le lien avec Clostridioides difficile, chiffré
Un document de Santé publique France consacré aux infections digestives à Clostridium difficile, publié en 2007 et mis à jour en 2019, retient deux proportions :
| Ce que la bactérie explique | Proportion retenue par Santé publique France |
|---|---|
| Les diarrhées post-antibiotiques | 15 à 25 % des cas |
| Les colites pseudomembraneuses | plus de 95 % des cas |
Ce que ces deux chiffres disent ensemble : la bactérie n'est qu'une cause minoritaire des diarrhées survenant sous antibiotiques, mais elle est la cause quasi exclusive de leur forme pseudomembraneuse. Trouver une pseudomembrane oriente donc beaucoup plus fortement que trouver une diarrhée.
Le genre bactérien a été renommé Clostridioides difficile ; les deux orthographes désignent le même agent et coexistent dans les documents selon leur date.
Ce que la fiche ne reprend pas : le même document décrit la situation épidémiologique du clone 027 dans le Nord-Pas-de-Calais telle qu'elle était en 2007. Ce constat est daté et n'est pas repris ici comme s'il décrivait la situation actuelle ; l'épidémiologie en vigueur est publiée par Santé publique France, dont la page est liée en fin de fiche.
Ce qui précède, presque toujours
La fiche grand public de la Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE) consacrée à la diarrhée aiguë, revue en avril 2018, situe le tableau dans son contexte : une diarrhée survient chez environ 10 % des personnes sous antibiothérapie et peut persister jusqu'à deux mois après l'arrêt du traitement. Dans environ 10 % de ces cas, un germe pathogène prolifère par opportunisme, et Clostridium difficile en est l'exemple. La même source décrit la colite pseudomembraneuse comme une forme sévère associant diarrhée abondante, fièvre et altération de l'état général, et indique que le taux de récidive avoisine 30 % à l'arrêt du traitement antibiotique.
Ces chiffres décrivent une séquence, pas une règle individuelle : antibiothérapie, déséquilibre de la flore, prolifération opportuniste, et seulement dans une fraction des cas la forme pseudomembraneuse.
Ce que la démarche diagnostique recherche
L'ordre est le même que pour toute diarrhée aiguë, avec une question supplémentaire posée d'emblée : y a-t-il eu une antibiothérapie récente ?
- L'interrogatoire — la notion d'antibiothérapie dans les semaines précédentes, l'hospitalisation, l'âge, les comorbidités.
- La recherche des toxines dans les selles — c'est l'examen cité par la SNFGE dans ce contexte. Seules les souches productrices de toxines sont pathogènes, ce qui explique que l'examen porte sur la toxine et pas seulement sur la bactérie.
- L'endoscopie — elle n'est pas systématique ; c'est elle qui visualise les pseudomembranes lorsqu'elles sont présentes.
- L'imagerie — elle intervient lorsque l'on redoute une complication de la paroi colique.
Piège classique : l'absence de pseudomembranes n'écarte pas l'infection. La pseudomembrane est la forme sévère de la maladie, pas sa définition ; la majorité des infections digestives à C. difficile n'en comporte pas.
Ce avec quoi il ne faut pas la confondre
Deux confusions reviennent, et l'une des deux est purement lexicale.
Le terme « fausse membrane » est également employé pour décrire l'enduit fibrineux qui tapisse le fond d'une ulcération digestive : ce n'est pas la même lésion, et le sujet appartient à la fiche sur l'ulcère gastrique et duodénal. Sur le plan clinique, une diarrhée chronique avec une muqueuse d'aspect normal en endoscopie oriente au contraire vers la colite microscopique, que seule la biopsie révèle. Une diarrhée sanglante avec syndrome inflammatoire chez un sujet jeune fait évoquer une maladie inflammatoire chronique, et le sujet du saignement digestif lui-même relève de la fiche hémorragie digestive. Enfin, l'apparition d'une défense ou d'une contracture change complètement de registre et renvoie à la péritonite aiguë. Les autres fiches de la spécialité figurent dans la rubrique hépato-gastro-entérologie.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une pseudomembrane, exactement ?
C'est un enduit adhérent de fibrine, de mucus, de polynucléaires et de débris cellulaires, formant sur la muqueuse colique des plaques jaunâtres visibles à l'endoscopie. Le mot décrit un aspect lésionnel et ne préjuge pas, en soi, de la cause.
Toutes les colites pseudomembraneuses sont-elles dues à Clostridioides difficile ?
Pas toutes, mais presque. Le document de Santé publique France consacré aux infections digestives à Clostridium difficile, publié en 2007 et mis à jour en 2019, retient que cette bactérie est en cause dans plus de 95 % des colites pseudomembraneuses.
À quoi ressemblent les selles dans cette situation ?
La fiche SNFGE sur la diarrhée aiguë, revue en avril 2018, décrit la forme pseudomembraneuse comme associant une diarrhée abondante, de la fièvre et une altération de l'état général. Cette fiche ne va pas plus loin dans la description : l'aspect des selles ne permet pas à lui seul d'affirmer ni d'écarter le diagnostic, qui repose sur la recherche des toxines.
Toute diarrhée sous antibiotiques est-elle une infection à C. difficile ?
Non, et c'est le contresens le plus fréquent. La même source de Santé publique France attribue à cette bactérie 15 à 25 % des diarrhées post-antibiotiques. La SNFGE situe par ailleurs la fréquence des diarrhées sous antibiothérapie autour de 10 % des personnes traitées.
Pourquoi parle-t-on de récidives ?
Parce qu'elles sont fréquentes. La fiche SNFGE sur la diarrhée aiguë indique un taux de récidive avoisinant 30 % à l'arrêt du traitement antibiotique. Cette fiche ne décrit aucune stratégie thérapeutique, ni de première intention ni en cas de rechute : ce contenu appartient aux textes liés en fin de page.