Scapula : ce que l'os porte, et ce que l'on sait des fractures de l'omoplate

La scapula, ou omoplate, est l'os plat qui relie le membre supérieur au thorax par l'intermédiaire de la clavicule. Sa fracture est rare, et elle signale surtout l'énergie du traumatisme.

La scapula est l'os plat triangulaire appliqué sur la face postérieure du thorax. Le nom omoplate désigne exactement le même os ; les deux termes coexistent dans les comptes rendus. Elle n'a qu'une seule attache osseuse au squelette axial, par la clavicule, et elle est par ailleurs suspendue dans une gaine musculaire — ce qui explique à la fois sa mobilité et la rareté de ses fractures.

Cette fiche sert de repère de lecture. Elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir : ni immobilisation, ni consigne de reprise. La décision appartient au professionnel qui prend le patient en charge.

Les reliefs que les comptes rendus nomment

RepèreCe qu'il est
Corpsla lame osseuse triangulaire elle-même
Épinela crête transversale de la face postérieure
Acromionson prolongement latéral, qui s'articule avec la clavicule
Processus coracoïdela saillie antérieure, sous la clavicule
Glènela surface articulaire concave qui reçoit la tête humérale
Colla zone rétrécie entre la glène et le corps
Pilierle bord latéral épaissi, qui court de la glène à l'angle inférieur

Le pilier de la scapula est le bord latéral, la partie la plus épaisse et la plus solide de l'os ; c'est un repère de lecture radiographique et un repère chirurgical, parce que la corticale y est suffisante pour tenir une fixation.

Ce que les registres montrent des fractures de la scapula

Le registre suédois des fractures a publié dans le Journal of Shoulder and Elbow Surgery en 2025 une analyse de 3 973 fractures de scapula survenues chez 3 930 patients entre 2011 et 2020.

DonnéeRésultat
Part de toutes les fracturesmoins de 1 %
Part des fractures de la ceinture scapulaireenviron 3 à 5 %
Âge moyen58 ans, dont 64 % d'hommes
Traumatisme à haute énergie22 % des fractures
Au moins une fracture associée21 % des patients
Localisations les plus fréquentesbord glénoïdien 32 %, corps 28 %
Fractures associées les plus fréquentesclavicule 9 %, humérus proximal 5 %
Mortalité à un an4 %

Ce que ces chiffres disent : la fracture de la scapula est d'abord un marqueur. Les fractures du col glénoïdien et du corps relevaient d'un traumatisme à haute énergie dans 44 % et 35 % des cas, tandis que les fractures du bord glénoïdien et les fractures articulaires de la glène survenaient le plus souvent après une simple chute de sa hauteur, dans 62 % et 55 % des cas.

Piège classique : une série pédiatrique parue dans le Journal of Pediatric Orthopaedics en 2019 a comparé 38 enfants avec fracture de scapula à 1 930 témoins après accident de la voie publique. Les taux de fractures de côtes (40 % contre 7,6 %), de pneumothorax (55 % contre 8 %) et de contusion pulmonaire (63 % contre 12 %) étaient tous nettement supérieurs. La fracture elle-même n'était pas associée à une surmortalité : ce qu'elle annonce, ce sont les lésions voisines.

Les classifications de la glène, et ce que cette fiche n'en reproduit pas

Les fractures articulaires de la glène ont leurs classifications propres. La plus citée est celle d'Ideberg, décrite en 1984 et modifiée ensuite, qui distingue cinq types selon la localisation, l'extension et la complexité de la lésion, d'après une revue parue dans Diagnostics en 2024. Celle d'Euler date de 1996, et l'AO en a proposé une nouvelle en 2013.

Le contenu type par type de ces classifications n'a pas pu être vérifié auprès d'une source primaire à la date de rédaction ; il n'est donc pas reproduit ici. Ce qui est mesuré, en revanche, mérite d'être connu : dans une étude sur 84 scanners parue dans BMC Musculoskeletal Disorders en 2018, la reproductibilité inter-observateurs était faible pour Ideberg comme pour Euler (R inférieur à 0,2), et 21 fractures sur 84 n'entraient dans aucun type d'Ideberg, contre 10 sur 84 pour Euler.

Ce que la démarche diagnostique recherche

Devant un traumatisme à haute énergie, la douleur scapulaire est facilement masquée par les lésions thoraciques. L'examen recherche la douleur à la palpation du corps et du pilier, une limitation douloureuse de toute mobilisation de l'épaule, et surtout les lésions associées que les registres désignent.

Le diagnostic différentiel et l'inventaire lésionnel se recoupent ici :

Les autres repères de traumatologie du membre sont réunis dans la rubrique appareil locomoteur et traumatologie, et l'ensemble des fiches de ce site est accessible depuis la page d'accueil.

Questions fréquentes

Scapula et omoplate, est-ce le même os ?

Oui. Scapula est le terme de la nomenclature anatomique internationale, omoplate le terme français traditionnel. Les deux désignent l'os plat triangulaire de la face postérieure du thorax, qui porte l'épine, l'acromion, le processus coracoïde et la glène.

Où se trouve le pilier de la scapula ?

C'est le bord latéral de l'os, épaissi, qui descend de la glène jusqu'à l'angle inférieur. Il constitue la partie la plus résistante de la scapula et sert de repère à la fois radiographique et chirurgical, la corticale y étant assez épaisse pour recevoir une fixation.

Une fracture de l'omoplate est-elle fréquente ?

Non. D'après le registre suédois des fractures, qui a analysé 3 973 fractures de scapula entre 2011 et 2020, elles représentent moins de 1 % de toutes les fractures et environ 3 à 5 % des fractures de la ceinture scapulaire. L'âge moyen était de 58 ans et 64 % des patients étaient des hommes.

Pourquoi cherche-t-on d'autres lésions devant une fracture de scapula ?

Parce que la fracture signale l'énergie du traumatisme. Dans le registre suédois, 22 % des fractures relevaient d'un traumatisme à haute énergie et 21 % des patients avaient au moins une autre fracture. Dans une série pédiatrique de 2019, les fractures de côtes, les pneumothorax et les contusions pulmonaires étaient trois à sept fois plus fréquents que chez les blessés témoins.

Quelle classification utilise-t-on pour les fractures de la glène ?

Les plus citées sont celle d'Ideberg, de 1984, qui distingue cinq types selon la localisation, l'extension et la complexité, celle d'Euler, de 1996, et celle proposée par l'AO en 2013. Le détail des types n'est pas reproduit ici faute de source primaire vérifiable à la date de rédaction. Leur reproductibilité est d'ailleurs faible : dans une étude de 2018 sur 84 scanners, 21 fractures n'entraient dans aucun type d'Ideberg.