Apophysoses de croissance : ce que le mot recouvre, site par site

Ostéochondrose, apophysose et apophysite désignent des choses voisines mais pas identiques, et la confusion entre elles est la première cause de malentendu sur ces douleurs de l'enfant sportif.

Une ostéochondrose désigne un trouble de l'ossification d'un noyau de croissance. Le terme est générique : il couvre aussi bien les atteintes d'un noyau épiphysaire porteur, comme l'ostéochondrite de hanche, que les atteintes d'une apophyse, c'est-à-dire d'un noyau d'ossification sur lequel un tendon s'insère et qui ne supporte pas le poids du corps. Quand l'atteinte porte sur une apophyse, on parle d'apophysose ou d'apophysite de croissance — le suffixe -ite est un héritage, la lésion étant mécanique et non infectieuse.

Cette fiche est un repère de lecture : elle décrit un vocabulaire et ce que les sources en publient. Elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie, et n'indique aucune conduite à tenir, y compris en matière d'activité sportive.

La distinction compte parce qu'elle change le pronostic. Une atteinte apophysaire est une souffrance de la zone d'insertion tendineuse, sans conséquence sur l'architecture articulaire ; une atteinte épiphysaire porteuse, comme l'ostéochondrite primitive de la hanche, peut laisser une déformation permanente de la surface articulaire.

Les sites, et ce que chaque source établit

Chaque site porte un nom propre. Les données ci-dessous viennent chacune de la publication indiquée, et rien n'est ajouté par analogie d'un site à l'autre.

SiteNom usuelCe que la source consultée établit
Calcanéus, insertion achilléennemaladie de Sever, apophysite calcanéennepremière cause de talalgie de l'enfant entre 8 et 15 ans ; facteurs de risque principaux : obésité et niveau d'activité physique élevé ; diagnostic clinique confirmé par un squeeze test du talon
Tubérosité tibiale antérieuremaladie d'Osgood-Schlatterostéochondrose la plus fréquente du membre inférieur chez l'enfant et l'adolescent sportifs ; survenue contemporaine de l'apparition du noyau d'ossification secondaire du tibia ; origine multifactorielle
Genou, adolescent actifmaladie de Sinding-Larsen-Johanssondouleur localisée du genou chez l'adolescent physiquement actif, garçons surtout, entre 9 et 17 ans ; échographie et IRM sont les examens les plus utiles
Base du 5<sup>e</sup> métatarsienmaladie d'Iselinapophysite de traction du tendon court fibulaire à la base du 5<sup>e</sup> métatarsien ; affection rare, facilement prise pour une fracture de la base du 5<sup>e</sup> métatarsien

Source : la maladie de Sever d'après une revue parue dans Advanced Emergency Nursing Journal en 2019, la maladie d'Osgood-Schlatter d'après une revue narrative parue dans Healthcare en 2022, la maladie de Sinding-Larsen-Johansson d'après une revue de portée parue dans PeerJ en 2024, la maladie d'Iselin d'après une observation publiée dans Cureus en 2023. Les deux premières sont liées en fin de page ; les deux autres sont identifiables par leur titre, et la revue de PeerJ souligne elle-même que les données disponibles sont limitées et parfois contradictoires.

Ce que la série la plus large mesure sur la talalgie

Une revue systématique parue dans le Journal of the American Podiatric Medical Association en 2023 a réuni 28 études et 1 362 cas d'apophysite calcanéenne. Elle donne les seuls chiffres de répartition disponibles sur une série de cette taille :

Ce que ces chiffres ne sont pas : un critère diagnostique. Une atteinte unilatérale ne dit rien contre le diagnostic, et une atteinte bilatérale ne l'affirme pas.

« Sports autorisés » : pourquoi cette fiche ne répond pas

C'est la question la plus tapée à propos de la maladie de Sever, et c'est une question de prise en charge, individuelle, dépendant du site, du sport, du stade de croissance et de la tolérance douloureuse. Elle relève du praticien qui examine l'enfant, et aucune réponse générale n'a de valeur.

Ce que l'on peut dire sans empiéter dessus : les revues citées classent toutes les modalités rapportées comme conservatrices, et la limitation temporaire d'activité figure parmi celles qui sont décrites dans la littérature. La revue de 2023 ajoute que 53,7 % des cas rapportés faisaient état d'une amélioration, 2,3 % d'aucune amélioration, et que 44 % des cas ne rapportaient pas de résultat — une base de preuves dont il faut connaître la fragilité avant d'en tirer une consigne.

Ce que la démarche diagnostique recherche

L'interrogatoire précise l'âge, le sport, son intensité et son changement récent. L'examen localise la douleur sur l'apophyse elle-même, reproductible à la pression ou à la mise en tension du tendon qui s'y insère, et vérifie l'absence d'épanchement articulaire et de limitation des amplitudes.

Le diagnostic différentiel se joue sur ce point précis :

Questions fréquentes

Quelle différence entre ostéochondrose, apophysose et apophysite ?

L'ostéochondrose est le terme générique pour un trouble de l'ossification d'un noyau de croissance, épiphysaire ou apophysaire. L'apophysose et l'apophysite désignent la forme qui touche une apophyse, c'est-à-dire un noyau sur lequel un tendon s'insère et qui ne porte pas le poids du corps. Le suffixe -ite est trompeur : la lésion est mécanique, pas infectieuse.

Qu'est-ce que la maladie de Sever ?

L'apophysite calcanéenne, décrite comme la première cause de talalgie chez l'enfant entre 8 et 15 ans par une revue de 2019. Ses principaux facteurs de risque rapportés sont l'obésité et un niveau élevé d'activité physique, et le diagnostic est clinique, confirmé par la compression latérale du talon.

Un enfant atteint peut-il continuer le sport ?

Cette fiche ne répond pas à cette question, parce que la réponse dépend du site, du sport, du stade de croissance et de la douleur, et qu'elle appartient au praticien qui examine l'enfant. Les revues disponibles décrivent des prises en charge conservatrices incluant la limitation temporaire d'activité, sur un niveau de preuve qu'elles qualifient elles-mêmes de limité.

La maladie de Sever touche-t-elle les deux talons ?

Dans la revue systématique de 2023 portant sur 1 362 cas, l'atteinte était bilatérale dans 43,2 % des cas et unilatérale dans 31,8 %. Ce chiffre décrit une série ; il ne constitue pas un critère diagnostique, et ni l'unilatéralité ni la bilatéralité ne tranchent.

Une apophysose de croissance laisse-t-elle des séquelles ?

La revue de 2019 consacrée à l'apophysite calcanéenne indique qu'aucun effet à long terme n'y a été associé. Ce constat porte sur ce site précis et ne s'étend pas par analogie aux autres, ni aux ostéochondroses épiphysaires portantes, dont l'ostéochondrite de hanche, qui peuvent, elles, laisser une déformation articulaire.