Fractures de l'extrémité supérieure de l'humérus : les quatre segments et la classification de Neer
L'humérus est l'os unique du bras. Son extrémité supérieure se fracture selon un petit nombre de traits reproductibles, que la classification de Neer décrit en quatre segments et un seuil de déplacement.
L'humérus est l'os long du bras, articulé en haut avec la scapula et en bas avec l'ulna et le radius. Son extrémité supérieure comprend la tête, deux tubercules et la zone de transition vers la diaphyse : c'est cette région, et non l'os entier, qui donne les fractures décrites ici. Le mot humerus, tapé seul, renvoie le plus souvent à cette question précise — quel segment est cassé, et comment on le nomme.
Cette fiche est un repère de lecture, pas un avis médical. Elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir : ni durée d'immobilisation, ni consigne d'appui, ni protocole de rééducation. Toute décision concernant un patient revient au professionnel qui le prend en charge.
Les repères anatomiques que la classification utilise
La nomenclature française et la nomenclature internationale coexistent dans les comptes rendus, ce qui explique une partie de la confusion de vocabulaire.
| Repère | Autre nom | Ce qu'il porte |
|---|---|---|
| Tête humérale | fragment articulaire | la surface articulaire gléno-humérale |
| Col anatomique | — | la limite entre la tête et les tubercules |
| Trochiter | tubercule majeur | les insertions du supra-épineux, de l'infra-épineux et du petit rond |
| Trochin | tubercule mineur | l'insertion du subscapulaire |
| Col chirurgical | — | la zone rétrécie sous les tubercules, siège fréquent du trait |
Le trochiter concentre à lui seul une partie des recherches sur ce sujet, parce qu'il est à la fois un repère palpable et un fragment qui se détache volontiers : les tendons de la coiffe qui s'y insèrent tirent le fragment vers le haut et l'arrière.
La classification de Neer
C'est la classification de référence des fractures de l'extrémité supérieure de l'humérus. Elle ne compte pas les traits de fracture : elle compte les segments déplacés parmi quatre — tête humérale, trochiter, trochin, diaphyse — et applique à chacun un seuil unique de déplacement.
| Élément | Contenu retenu par la classification |
|---|---|
| Segments considérés | tête humérale, trochiter, trochin, diaphyse |
| Seuil de déplacement | séparation de plus de 1 cm ou angulation de plus de 45° |
| Dénomination | fracture à 1, 2, 3 ou 4 parts selon le nombre de segments déplacés |
| Version d'origine | 1970 |
| Révision | 2002, avec l'ajout des fractures engrenées en valgus |
Ce que la classification note : un segment non déplacé au sens du seuil ne compte pas, même si le trait le traverse. C'est pourquoi une fracture radiologiquement complexe peut rester une fracture « à une part » — la fracture engrenée, impactée et peu mobile, en est l'exemple le plus courant.
Source : la formulation modifiée du seuil, rapportée au fragment céphalique, est celle qu'utilise une étude de reproductibilité publiée dans le Journal of Orthopaedic Surgery and Research en 2020, liée en fin de page. La révision de 2002 et la répartition des types sont documentées par l'étude multicentrique sur 509 cas parue dans le Journal of Shoulder and Elbow Surgery en 2009.
Ce que la fiche ne dit pas : quel type relève de quel traitement. Ce partage figure dans les textes liés, avec leur niveau de preuve.
Ce que la répartition réelle des fractures montre
L'étude multicentrique de 2009 a relu 509 dossiers sur clichés de face et de profil trans-scapulaire. Elle donne une idée de ce qu'un service voit réellement :
- 501 fractures sur 509, soit 98 %, trouvaient une catégorie dans la classification révisée.
- Les fractures à une part représentaient 36 % des cas, les fractures à deux parts du col chirurgical 31 %.
- Les fractures à deux parts du trochiter comptaient pour 12 %, les fractures à trois parts associant trochiter et col chirurgical 8,8 %, les fractures à quatre parts 6,1 %, les engrenées en valgus 3,3 %.
- Huit fractures, soit 1,6 %, restaient inclassables : elles comportaient trois segments déplacés mais un trait complet du col anatomique.
Piège classique : devant trois segments déplacés, les auteurs de cette série insistent sur la relecture du col anatomique, parce que c'est là que la classification se prend en défaut.
Ce que la démarche diagnostique recherche
L'examen note le mécanisme — chute de sa hauteur chez le sujet âgé, traumatisme à haute énergie chez le sujet jeune —, l'attitude du membre, l'ecchymose retardée du bras et du thorax, et surtout l'état neurologique du territoire axillaire, le nerf axillaire contournant le col chirurgical.
Le diagnostic différentiel et les lésions associées sont la vraie difficulté :
- Une luxation de l'articulation gléno-humérale peut accompagner la fracture ou la simuler ; c'est là que se discutent le coup de hache externe et l'encoche céphalique, détaillés sur cette fiche-là.
- Une atteinte tendineuse pure de la coiffe entre dans les lésions péri-articulaires de l'épaule, dont les tests cliniques n'ont pas la même valeur qu'ici.
- Les ceintures scapulaires se fracturent souvent ensemble : la fracture de la scapula et la fracture de la clavicule sont les associations les plus fréquentes, et la première est un marqueur de haute énergie.
Les autres repères de traumatologie du membre sont regroupés dans la rubrique appareil locomoteur et traumatologie.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'humérus exactement ?
C'est l'os unique du bras, entre l'épaule et le coude. Il s'articule en haut avec la glène de la scapula et en bas avec l'ulna et le radius. Son extrémité supérieure comprend la tête articulaire, le col anatomique, le trochiter, le trochin et le col chirurgical : c'est la région que décrivent les fractures dites de l'extrémité supérieure.
Le trochiter, c'est quoi ?
Le trochiter est le tubercule majeur de l'humérus, la saillie osseuse latérale située sous l'acromion. Il porte les insertions du supra-épineux, de l'infra-épineux et du petit rond. Sa fracture isolée est l'une des formes à deux parts les plus fréquentes : elle représentait 12 % des cas dans la série multicentrique de 509 fractures publiée en 2009.
Sur quoi repose la classification de Neer ?
Sur le nombre de segments déplacés parmi quatre — tête humérale, trochiter, trochin, diaphyse — et sur un seuil unique de déplacement, fixé à plus de 1 cm de séparation ou plus de 45° d'angulation. On parle alors de fracture à une, deux, trois ou quatre parts. La version d'origine date de 1970 et a été révisée en 2002 pour intégrer les fractures engrenées en valgus.
Qu'appelle-t-on une fracture engrenée ?
Une fracture dont les fragments sont impactés l'un dans l'autre et restent relativement stables. Au sens de la classification, l'engrènement ne crée pas de part supplémentaire tant que le seuil de déplacement n'est pas franchi. La forme engrenée en valgus est celle que la révision de 2002 a explicitement ajoutée.
Cette fiche donne-t-elle les délais de consolidation ou d'immobilisation ?
Non, et c'est délibéré. Durée d'immobilisation, consignes d'appui, calendrier de rééducation et indications opératoires relèvent du traitement, que ce site ne décrit jamais. Les textes liés en bas de page portent ces éléments avec leur contexte et leur niveau de preuve.