Luxation gléno-humérale : l'encoche de Malgaigne et les signes qui la décrivent
L'encoche de Malgaigne est l'empreinte que le bord de la glène laisse dans la tête humérale lors d'une luxation antérieure. Elle appartient à un ensemble de signes qui décrivent l'épaule luxée et sa tendance à récidiver.
L'encoche de Malgaigne désigne une perte de substance osseuse de la partie postéro-latérale de la tête humérale, creusée par le bord antérieur de la glène au moment où la tête franchit celui-ci. La littérature anglophone l'appelle lésion de Hill-Sachs ; c'est le même objet, et un compte rendu peut employer indifféremment l'un ou l'autre terme.
Cette fiche est un repère de lecture, pas un avis médical : elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie et ne décrit aucune manœuvre ni aucune conduite à tenir. Toute décision concernant un patient revient au professionnel qui le prend en charge.
Le vocabulaire de l'épaule luxée
| Terme | Ce qu'il désigne |
|---|---|
| Glène | la surface articulaire de la scapula qui reçoit la tête humérale |
| Encoche de Malgaigne | l'empreinte osseuse creusée dans la tête humérale par le bord glénoïdien |
| Lésion de Bankart | le décollement du bourrelet et de la capsule au bord antéro-inférieur de la glène |
| Bankart osseux | la même lésion emportant un fragment du bord glénoïdien |
| Coup de hache externe | le méplat sous-acromial visible à l'inspection, la tête ayant quitté la glène |
| Luxation extra-coracoïdienne | la variété antérieure la plus fréquente, la tête se plaçant en dehors du processus coracoïde |
Le coup de hache externe est un signe d'inspection, pas un signe radiologique : il traduit le vide laissé sous l'acromion. Il s'associe classiquement à une abduction élastique irréductible du bras et à un comblement du sillon delto-pectoral.
Ce que la littérature mesure de l'encoche
L'encoche n'est pas une curiosité radiologique : c'est un déterminant de la récidive, et elle ne se lit jamais seule.
- D'après une revue parue dans le Journal of the American Academy of Orthopaedic Surgeons en 2012, l'incidence de la lésion approche 100 % chez les sujets présentant une instabilité antérieure récidivante. La même revue insiste sur le caractère bipolaire de la lésion : identifier la perte osseuse glénoïdienne associée est indispensable.
- Une perte de substance symétrique de la tête humérale existe dans l'instabilité postérieure : c'est l'encoche inversée, décrite par la même revue.
- Le concept de piste glénoïdienne, exposé dans Arthroscopy en 2014, évalue si l'encoche vient buter sur le bord antérieur de la glène pendant le mouvement. Une encoche qui accroche est dite off-track, une encoche qui n'accroche pas on-track. Le même texte retient une perte osseuse glénoïdienne égale ou supérieure à 25 % du diamètre glénoïdien inférieur comme le seuil de la glène « en poire inversée ».
Ce que la fiche ne dit pas : quelle conduite découle de chacune de ces situations. Le texte d'Arthroscopy lie explicitement sa classification à un algorithme chirurgical ; celui-ci relève du chirurgien et n'est pas reproduit ici.
Piège classique : la morphologie de l'encoche dépend de la perte osseuse glénoïdienne. Une étude tridimensionnelle sur 100 patients parue dans l'American Journal of Sports Medicine en 2022 — âge moyen 27,9 ans — a classé la perte glénoïdienne en quatre degrés : 5 à 10 %, plus de 10 à 20 %, plus de 20 à 30 %, et plus de 30 %. Les patients ayant la plus petite perte glénoïdienne avaient des encoches significativement plus étroites et plus profondes, les pertes plus importantes s'accompagnant d'encoches plus larges et moins profondes.
Ce que la démarche diagnostique recherche
Le diagnostic de luxation antérieure est clinique et d'inspection : attitude du membre, coup de hache externe, abduction élastique. L'examen recherche systématiquement une atteinte du nerf axillaire, par l'étude de la sensibilité du moignon de l'épaule, avant et après toute manipulation.
L'imagerie répond ensuite à deux questions distinctes — la position de la tête, puis l'inventaire osseux. C'est à ce second temps qu'appartiennent l'encoche humérale et la perte glénoïdienne.
Le diagnostic différentiel et les lésions associées se confondent en partie :
- Une fracture de l'extrémité supérieure de l'humérus peut accompagner ou simuler la luxation ; le trochiter est le fragment le plus souvent en cause.
- Une fracture de la scapula du bord glénoïdien est l'équivalent osseux du Bankart, et c'est la localisation la plus fréquente dans les registres.
- Une disjonction acromio-claviculaire donne une déformation haute qui peut égarer l'inspection.
- Sans traumatisme luxant, une douleur d'épaule avec limitation relève plutôt des lésions péri-articulaires de l'épaule.
Les autres repères de traumatologie du membre sont réunis dans la rubrique appareil locomoteur et traumatologie.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'encoche de Malgaigne ?
C'est la perte de substance osseuse creusée dans la partie postéro-latérale de la tête humérale par le bord antérieur de la glène, lors d'une luxation antérieure de l'épaule. Le terme anglophone équivalent est « lésion de Hill-Sachs » : les deux désignent la même lésion.
Encoche de Malgaigne et lésion de Bankart, quelle différence ?
Le siège. L'encoche est du côté huméral, creusée dans la tête. La lésion de Bankart est du côté glénoïdien : c'est le décollement du bourrelet et de la capsule au bord antéro-inférieur de la glène, appelé Bankart osseux lorsqu'un fragment osseux est emporté. La revue de 2012 citée sur cette page rappelle que les deux doivent être recherchées ensemble, la lésion étant bipolaire.
Que veut dire « coup de hache externe » ?
C'est un signe d'inspection de la luxation antérieure : le méplat, ou creux, visible sous l'acromion parce que la tête humérale a quitté la glène. Il n'a rien de radiologique et s'associe classiquement à une abduction élastique du bras et à un comblement du sillon delto-pectoral.
Que signifient les termes on-track et off-track ?
Ils viennent du concept de piste glénoïdienne, exposé dans Arthroscopy en 2014. Une encoche dite off-track vient buter sur le bord antérieur de la glène pendant le mouvement ; une encoche on-track n'accroche pas. Le même texte retient une perte osseuse glénoïdienne d'au moins 25 % du diamètre glénoïdien inférieur comme seuil de la glène en poire inversée.
Qu'appelle-t-on une luxation extra-coracoïdienne ?
C'est la variété la plus fréquente de luxation antérieure : la tête humérale se place en avant et en dehors du processus coracoïde. D'autres positions existent, décrites selon le rapport de la tête à la coracoïde et à la clavicule ; elles ne changent pas la définition de l'encoche.