Formes de lèpre : le spectre clinique et la classification opérationnelle
Il n'existe pas une mais deux façons de classer la lèpre, et elles ne répondent pas à la même question. L'une décrit un continuum clinique et histologique, l'autre sépare deux catégories définies pour la décision thérapeutique.
La lèpre, ou maladie de Hansen, est une maladie infectieuse chronique due principalement à Mycobacterium leprae. L'Organisation mondiale de la santé, dans sa fiche du 23 janvier 2026, indique qu'elle atteint la peau, les nerfs périphériques, la muqueuse des voies aériennes supérieures et les yeux, et qu'en l'absence de traitement elle peut entraîner des incapacités progressives et définitives.
Cette fiche est un repère de lecture. Elle ne remplace pas une consultation, ne comporte aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir : ce qui concerne un patient donné revient au professionnel qui le prend en charge. Aucune image clinique n'est publiée sur ce site ; les descriptions sont verbales et les sources liées portent l'iconographie de référence.
Deux classifications, deux usages
C'est le point qui règle la question posée par « les différentes formes de lèpre » : il n'y a pas une liste unique.
| Classification | Ce qu'elle décrit | Ce à quoi elle sert |
|---|---|---|
| Ridley et Jopling | un spectre continu, du pôle tuberculoïde au pôle lépromateux | décrire la place d'un patient sur ce continuum, qui dépend de son immunité cellulaire |
| OMS, paucibacillaire / multibacillaire | deux catégories définies sur des critères simples | orienter la décision thérapeutique |
La revue [Hansen's Disease], parue dans Brain and Nerve en 2026, formule exactement cette dualité : l'OMS divise la lèpre en formes paucibacillaire (PB) et multibacillaire (MB), tandis que Ridley et Jopling l'ont classée le long d'un spectre continu allant du tuberculoïde au lépromateux, la forme clinique étant déterminée par les variations de l'immunité cellulaire de l'hôte.
La classification opérationnelle de l'OMS
C'est celle dont la fiche de l'OMS donne le contenu exact, et c'est donc celle que cette page reproduit.
| Catégorie | Définition retenue par l'OMS (23 janvier 2026) |
|---|---|
| Paucibacillaire (PB) | 1 à 5 lésions cutanées, sans présence de bacilles démontrée au frottis cutané |
| Multibacillaire (MB) | plus de cinq lésions cutanées ; ou atteinte nerveuse (névrite pure, ou toute atteinte nerveuse associée à un nombre quelconque de lésions cutanées) ; ou présence de bacilles démontrée au frottis cutané par scarification, quel que soit le nombre de lésions |
Ce que la classification note : elle est déclarée par l'OMS comme établie « à des fins de traitement ». Ce n'est pas une classification pronostique, ni une description de la maladie : c'est un instrument de décision, ce qui explique la simplicité de ses critères.
Piège classique : croire que « paucibacillaire » et « tuberculoïde » sont synonymes, et « multibacillaire » et « lépromateux » également. Les deux systèmes ne se superposent pas terme à terme — l'un découpe deux catégories opérationnelles, l'autre décrit un continuum immunologique avec des formes intermédiaires (borderline) que la dichotomie ne restitue pas.
Les trois signes cardinaux du diagnostic
Le diagnostic de la lèpre est clinique, souligne l'OMS ; le laboratoire n'est requis que dans les cas difficiles. La maladie se manifeste communément par une atteinte cutanée et une atteinte des nerfs périphériques, et elle est diagnostiquée par la présence d'au moins un des trois signes cardinaux suivants :
- une perte de sensibilité nette dans une tache cutanée pâle (hypopigmentée) ou rougeâtre ;
- un nerf périphérique épaissi ou hypertrophié, avec perte de sensibilité et/ou faiblesse des muscles qu'il innerve ;
- la détection microscopique de bacilles dans un frottis cutané obtenu par scarification.
C'est l'association d'une lésion cutanée et d'une anomalie sensitive ou nerveuse dans son territoire qui fait la valeur d'orientation du tableau — une lésion cutanée seule, aussi évocatrice soit-elle sur une photographie, ne suffit pas.
Ce que la transmission suppose
Ce que la source retient : la transmission se ferait par les gouttelettes émises par le nez et la bouche d'un malade non traité, après un contact prolongé et étroit. L'OMS précise deux choses qui contredisent frontalement la représentation courante de la maladie :
- elle ne se transmet pas par un contact ordinaire — serrer la main, embrasser, partager un repas, s'asseoir à côté de quelqu'un ;
- le patient cesse de transmettre la maladie dès l'instauration du traitement.
L'OMS note par ailleurs que les personnes atteintes font face à une stigmatisation et à des discriminations qui s'ajoutent aux conséquences physiques, et que la maladie est curable, un traitement précoce pouvant prévenir l'incapacité.
Ce que la fiche ne dit pas : les médicaments et les durées. L'OMS nomme un schéma de polychimiothérapie et ses durées selon la catégorie ; ces éléments figurent dans son texte, lié plus bas, avec le contexte qui les rend interprétables.
Répartition, telle que la source la publie
La lèpre est une maladie tropicale négligée qui survient encore dans plus de 120 pays, avec environ 200 000 nouveaux cas déclarés chaque année. L'élimination en tant que problème de santé publique — définie par une prévalence inférieure à 1 pour 10 000 habitants, selon la résolution 44.9 de l'Assemblée mondiale de la santé — a été atteinte au niveau mondial en 2000 et dans la plupart des pays en 2010.
D'après les données de 2024 citées par l'OMS, le Brésil, l'Inde et l'Indonésie déclarent chacun plus de 10 000 nouveaux cas ; douze autres pays en déclarent chacun entre 1 000 et 10 000 ; 55 pays n'en ont déclaré aucun et 117 en ont déclaré moins de 1 000.
Ce que la démarche diagnostique écarte
Devant une lésion cutanée chronique associée à une atteinte nerveuse, le raisonnement croise d'autres infections capables de toucher simultanément la peau et le système nerveux : la syphilis, dont les manifestations cutanées et tardives lui valent sa réputation de grande simulatrice, et la borréliose de Lyme, dont l'acrodermatite chronique atrophiante est une atteinte cutanée tardive pouvant s'accompagner de troubles sensitifs. La parenté mycobactérienne oriente par ailleurs vers ce qu'expose la fiche sur la tuberculose, dont le diagnostic de confirmation est lui aussi bactériologique. Les autres repères du domaine sont réunis dans la rubrique maladies infectieuses et parasitaires.
Questions fréquentes
Quelles sont les différentes formes de lèpre ?
Il existe deux classifications répondant à des questions différentes. Ridley et Jopling décrivent un spectre continu allant du pôle tuberculoïde au pôle lépromateux, déterminé par l'immunité cellulaire de l'hôte. L'OMS retient une classification opérationnelle en deux catégories, paucibacillaire et multibacillaire, établie à des fins de traitement.
Comment l'OMS définit-elle les formes paucibacillaire et multibacillaire ?
Est paucibacillaire un cas comportant 1 à 5 lésions cutanées sans bacilles démontrés au frottis cutané. Est multibacillaire un cas comportant plus de cinq lésions cutanées, ou une atteinte nerveuse, ou la présence démontrée de bacilles au frottis cutané par scarification, quel que soit le nombre de lésions.
Quels sont les signes qui font poser le diagnostic ?
L'OMS retient trois signes cardinaux, dont la présence d'au moins un suffit : une perte de sensibilité nette dans une tache cutanée pâle ou rougeâtre ; un nerf périphérique épaissi ou hypertrophié avec perte de sensibilité ou faiblesse musculaire ; la détection microscopique de bacilles dans un frottis cutané par scarification. Le diagnostic est clinique, le laboratoire n'intervenant que dans les cas difficiles.
La lèpre est-elle contagieuse au quotidien ?
L'OMS indique que la transmission suppose un contact prolongé et étroit avec un malade non traité, et que la maladie ne se transmet pas par un contact ordinaire — poignée de main, embrassade, repas partagé, voisinage. Elle précise également que le patient cesse de transmettre la maladie dès l'instauration du traitement.
Combien de cas sont déclarés chaque année ?
Environ 200 000 nouveaux cas par an dans plus de 120 pays, selon la fiche de l'OMS du 23 janvier 2026. D'après les données de 2024 qu'elle cite, le Brésil, l'Inde et l'Indonésie en déclarent chacun plus de 10 000, douze autres pays entre 1 000 et 10 000, tandis que 55 pays n'en déclarent aucun.