Poliovirus : ce que le virus provoque et où en est l'éradication

Le poliovirus est un entérovirus à tropisme digestif dont la redoutable réputation tient à une minorité de cas. La quasi-totalité des infections ne se voit pas.

Le poliovirus appartient au genre des entérovirus. Santé publique France, dans son dossier mis à jour le 24 juillet 2025, définit la poliomyélite comme l'infection virale aiguë consécutive à l'invasion du tractus gastro-intestinal par un poliovirus, et précise qu'il en existe trois sérotypes : 1, 2 et 3. Le virus est strictement humain ; il se multiplie dans la muqueuse pharyngée et dans l'intestin grêle, et se retrouve dans le rhinopharynx et dans les selles.

Cette fiche est un repère de lecture, pas un avis médical. Elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie, n'indique aucune conduite à tenir et ne reproduit aucun schéma vaccinal.

Le tropisme, et ce qui fait la gravité

C'est un virus digestif qui devient neurologique. La même source lui attribue une grande affinité pour le système nerveux central, avec risque d'atteinte de la moelle épinière, à l'origine des paralysies. Elle le décrit par ailleurs comme extrêmement stable, capable de persister dans l'environnement pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois selon la température, l'humidité, l'ensoleillement, la charge en matières organiques et la présence de bactéries aérobies.

La transmission est interhumaine, directe par voie féco-orale ou respiratoire, ou indirecte par ingestion d'eau ou d'aliments contaminés, le seul réservoir étant l'être humain.

La répartition des formes cliniques

C'est le point le plus contre-intuitif de la fiche. Les proportions ci-dessous sont celles publiées par Santé publique France ; l'incubation retenue va de 3 à 21 jours.

FormePart des infections, selon la source
Infection inapparente90 à 95 %
Syndrome fébrile aigu pseudo-grippal, sans atteinte du système nerveux central4 à 8 %
Syndrome accompagné d'une méningite lymphocytaire aseptique1 à 2 %
Paralysies flasques aiguësmoins de 1 %

Ce que la source précise sur la forme paralytique : les paralysies surviennent classiquement au 6ᵉ-8ᵉ jour, sont asymétriques, d'intensité et de localisation variables, prédominent aux membres inférieurs et s'installent sans troubles sensitifs objectifs. L'installation est en général brutale, en quelques heures, avec une extension ascendante maximale en 3 à 5 jours, et le pronostic vital est en cause lorsque les muscles respiratoires ou de la déglutition sont atteints.

Piège classique : la même source signale que des myalgies très intenses, dans la forme fébrile non spécifique, doivent attirer l'attention. C'est le seul signe qu'elle isole avant l'apparition d'un déficit.

Le risque de forme paralytique varie enfin avec l'âge : en zone endémique, Santé publique France le situe de 1 pour 1 000 chez l'enfant à 1 pour 75 chez l'adulte.

Ce que le diagnostic différentiel discute

La même source note que le diagnostic différentiel est extrêmement difficile dans les formes non paralytiques, le syndrome méningé n'ayant rien qui le distingue de celui des autres méningites et méningo-encéphalites virales.

Devant une paralysie flasque aiguë, elle retient principalement :

Lorsque le déficit moteur est fluctuant et sans fièvre, la discussion sort du champ infectieux et rejoint celle de la myasthénie, dont le mécanisme est entièrement différent.

Où en est l'éradication

Santé publique France rappelle que l'Organisation mondiale de la santé a fixé un objectif d'éradication en 1988, et que l'élimination de la poliomyélite dans la région Europe a été prononcée le 21 juin 2002. La même source indique qu'en 2022, cinq des six régions OMS avaient éliminé la maladie, la seule exception étant la Méditerranée orientale, avec l'Afghanistan et le Pakistan encore endémiques.

Elle ajoute que les poliovirus sauvages de sérotype 2 et de sérotype 3 ont été éradiqués respectivement en 2015 et en 2019, mais que la survenue de foyers épidémiques liés à des virus dérivés du poliovirus vaccinal, devenus virulents par mutation, impose d'y appliquer les mêmes recommandations internationales qu'aux poliovirus sauvages.

Ces dates et ces statuts sont datés de la page source, pas de la lecture. La situation de l'éradication évolue, et c'est la page liée en fin de fiche qui en donne l'état. Les questions de couverture relèvent de la fiche vaccination et couverture vaccinale en France ; comme pour le tétanos, cette fiche ne reproduit aucun âge ni aucun rappel. Les autres repères de ce champ sont réunis dans la rubrique maladies infectieuses et parasitaires.

Questions fréquentes

Combien de sérotypes de poliovirus existe-t-il ?

Trois : les sérotypes 1, 2 et 3, selon Santé publique France. Les poliovirus sauvages de sérotype 2 et de sérotype 3 ont été éradiqués respectivement en 2015 et 2019 d'après la même source, ce qui ne met pas fin à la surveillance, en raison des virus dérivés du poliovirus vaccinal.

La poliomyélite est-elle toujours paralytique ?

Non, et c'est même l'exception. La même source retient une infection inapparente dans 90 à 95 % des cas, une forme fébrile non spécifique dans 4 à 8 %, une méningite lymphocytaire dans 1 à 2 %, et des paralysies flasques aiguës dans moins de 1 % des infections.

Comment le poliovirus se transmet-il ?

De personne à personne, soit directement par voie féco-orale ou respiratoire, soit indirectement par ingestion d'eau ou d'aliments contaminés. Santé publique France précise que l'être humain est le seul réservoir et que la contagiosité est maximale dans un intervalle de 7 à 10 jours avant et après le début des signes.

Qu'est-ce qui distingue la poliomyélite d'un syndrome de Guillain-Barré ?

La même source retient plusieurs différences : le Guillain-Barré donne le plus souvent une paralysie symétrique, s'accompagne habituellement de troubles de la sensibilité objective, et n'associe ni fièvre, ni céphalées, ni vomissements. Le liquide cérébrospinal y montre une protéinorachie élevée sans la pléiocytose observée dans la poliomyélite.

La poliomyélite a-t-elle disparu en France ?

Santé publique France décrit la maladie comme éliminée en France et l'élimination prononcée pour la région Europe le 21 juin 2002. Cette fiche ne se prononce pas sur la situation de l'année en cours : elle renvoie à la page source, seule à jour.