Céphalée chronique quotidienne : ce que le cadre recouvre exactement

La céphalée chronique quotidienne n'est pas un diagnostic mais un cadre défini par un seuil de fréquence. Ce qu'il contient dépend de la durée des crises, et la céphalée de tension chronique y est plus rare qu'on ne le croit.

Une céphalée chronique quotidienne (CCQ) se définit par un seuil, pas par une cause. Le Collège des enseignants de neurologie le formule ainsi : « Lorsque la céphalée dure 15 jours par mois ou plus depuis plus de 3 mois ». En deçà de ce seuil, le même référentiel retient que « les principales causes sont la migraine épisodique et la céphalée de tension épisodique ».

Cette fiche est un repère de lecture, pas un avis médical : elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir. Toute décision concernant un patient revient au professionnel qui le prend en charge.

Ce que le cadre contient, selon la durée des crises

La CCQ se scinde en deux groupes que le référentiel sépare par la durée d'une crise.

GroupeDurée des crisesEntités concernées
CCQ de courte duréemoins de 4 heuresalgie vasculaire de la face, névralgie du trijumeau
CCQ de longue duréeplus de 4 heuresmigraine chronique ou, plus rarement, céphalée de tension chronique, toutes deux avec ou sans abus médicamenteux

Ce que la répartition corrige : la requête « céphalée de tension chronique quotidienne » suppose que la forme chronique quotidienne est d'abord une affaire de céphalée de tension. Le référentiel dit l'inverse pour le groupe de longue durée : la migraine chronique y est « bien plus fréquente que la céphalée de tension chronique ». Le texte note aussi que dans ce cadre « la douleur peut être permanente, du lever au coucher, et se poursuivre la nuit ».

La migraine chronique, définie

Puisqu'elle domine le groupe de longue durée, ses critères comptent. Le collège reprend le code 1.3 de la classification internationale des céphalées (ICHD-3) :

Deux chiffres accompagnent cette définition dans le même chapitre : « Environ 3 % des personnes atteintes de migraine épisodique développent une migraine chronique chaque année », et la migraine chronique « touche 1,7 % des adultes en France, avec une prédominance féminine ».

La céphalée par abus médicamenteux

Le référentiel indique que, dans le groupe de longue durée, « la recherche d'un abus médicamenteux est systématique ». La céphalée par abus médicamenteux (CAM) a elle aussi des critères ICHD-3, qui sont des seuils diagnostiques et non des règles de prise — cette fiche ne donne aucune posologie et ne dit pas comment prendre un traitement :

Le collège chiffre le phénomène : « La céphalée par abus médicamenteux concerne 1 à 5 % des adultes selon les pays. » Il ajoute deux nuances que l'on omet souvent. D'abord, « les opiacés et les antalgiques combinés confèrent le plus haut risque de CAM ». Ensuite, et c'est un point de prudence : « la surconsommation d'antalgiques peut être une conséquence ou une cause de l'augmentation de la fréquence des céphalées, ou les deux » — et son rôle « ne doit pas être surestimé, car cette attitude peut conduire à la stigmatisation des patients comme étant responsables de leur maladie ». Une migraine chronique peut être diagnostiquée avec un abus médicamenteux associé.

Ce que la démarche diagnostique recherche

Le passage en CCQ ne dispense pas d'écarter une cause secondaire : le référentiel rappelle qu'« un diagnostic de céphalée primaire ne doit pas être posé lors d'un premier épisode » et que l'examen clinique est normal dans les céphalées primaires, hormis les signes dysautonomiques d'une crise d'algie vasculaire de la face.

Parmi les drapeaux rouges que le même chapitre associe à des diagnostics précis :

Le risque d'attribution abusive est nommé par le collège : « Le risque est de méconnaître une migraine et d'attribuer à tort la céphalée à des causes locales (yeux, dents, sinus, cervicales) ou à une cause "psychologique" ("c'est le stress"). » C'est précisément ce que l'étiquette de céphalée de tension recouvre parfois à tort. Les autres repères de la spécialité sont regroupés dans la rubrique neurologie.

Questions fréquentes

À partir de quand parle-t-on de céphalée chronique quotidienne ?

Le référentiel du Collège des enseignants de neurologie retient le seuil suivant : une céphalée présente 15 jours par mois ou plus depuis plus de 3 mois. En dessous de ce seuil, on reste dans le champ des formes épisodiques.

La céphalée chronique quotidienne est-elle un diagnostic ?

Non, c'est un cadre. Il regroupe des entités différentes selon la durée des crises : moins de 4 heures pour l'algie vasculaire de la face et la névralgie du trijumeau, plus de 4 heures pour la migraine chronique et, plus rarement, la céphalée de tension chronique.

La céphalée de tension chronique est-elle la cause la plus fréquente ?

Non, pas dans le groupe des crises de plus de 4 heures. Le collège écrit que « la migraine chronique est bien plus fréquente que la céphalée de tension chronique » dans ce groupe. C'est le point sur lequel l'intuition courante se trompe le plus souvent.

Qu'est-ce qu'une céphalée par abus médicamenteux ?

Une céphalée survenant au moins 15 jours par mois chez un patient ayant une céphalée préexistante, dans un contexte de surconsommation régulière de traitements de crise depuis plus de trois mois. Les seuils ICHD-3 diffèrent selon la classe : 15 jours par mois pour les antalgiques non opiacés, 10 jours par mois pour les triptans, l'ergotamine, les opiacés et les antalgiques combinés. Ce sont des critères de définition, pas des instructions de prise.

Une céphalée quotidienne peut-elle être secondaire ?

Oui, et le référentiel énumère les signes qui doivent le faire suspecter : caractère brutal, aggravation progressive, modification par la posture, début après 50 ans, fièvre inexpliquée, raideur de nuque, déficit neurologique focal. Cette fiche s'arrête à cette énumération et n'indique aucune conduite.