Thrombophlébite cérébrale : le bon terme, l'incidence mesurée et le pronostic

La thrombophlébite cérébrale désigne l'occlusion d'une veine ou d'un sinus veineux du cerveau. Le nom retenu par les textes actuels est thrombose veineuse cérébrale, et la différence de mot recouvre une différence de mécanisme.

La thrombophlébite cérébrale désigne l'occlusion par un thrombus d'une veine cérébrale ou d'un sinus veineux dural. Les textes de référence actuels lui préfèrent l'appellation thrombose veineuse cérébrale (TVC), parce que le suffixe -phlébite suggère une inflammation pariétale primitive qui n'est pas le mécanisme habituel. Les deux termes désignent la même entité ; le second est celui sous lequel il faut chercher.

Cette fiche est un repère de lecture destiné à la révision. Elle ne remplace pas une consultation, ne comporte aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir ; le diagnostic et la prise en charge d'une thrombose veineuse cérébrale relèvent d'une équipe spécialisée.

Le point qui gouverne tout le reste : une TVC n'est pas un accident vasculaire cérébral artériel. Le Collège des enseignants de neurologie rappelle que 80 % des accidents vasculaires cérébraux sont ischémiques artériels et 20 % hémorragiques intraparenchymateux, et range les thromboses veineuses cérébrales à part, comme une catégorie rare. Le mécanisme est un obstacle à l'écoulement veineux, et non l'interruption d'un apport artériel ; c'est pourquoi la sémiologie ne suit aucun territoire artériel.

Ce que l'incidence a été mesurée

C'est une affection rare, et les chiffres varient d'une méthode à l'autre. Une étude de population couplée à une revue systématique et méta-analyse, parue dans Stroke en 2023, donne les deux ordres de grandeur :

MesureValeur publiée
Incidence annuelle, Colombie-Britannique, 2000-20178,7 pour un million (IC 95 % 8,0-9,4), sur 554 cas
Incidence annuelle, méta-analyse de 21 études12,1 pour un million (IC 95 % 9,9-14,3)
Âge moyen de la série canadienne50,9 ans
Part de femmes dans cette série55,4 %

Ce que les auteurs signalent eux-mêmes : une hétérogénéité considérable entre études (I² 98,8 %) et un test d'Egger significatif évoquant un biais de publication. Autrement dit, le chiffre de 12,1 par million ne doit pas être cité comme une constante, et cette fiche ne le fait pas.

Ce que le pronostic a été mesuré

La série de référence reste l'International Study on Cerebral Vein and Dural Sinus Thrombosis, étude prospective multinationale de 624 patients adultes publiée dans Stroke en 2004, avec un suivi médian de 16 mois.

Ce que la fiche ne fait pas de ces chiffres : un pronostic individuel. Ils décrivent une cohorte recrutée entre 1998 et 2001 dans 89 centres, et les auteurs concluent que le pronostic est meilleur que ce qui était rapporté auparavant.

Ce que la démarche diagnostique recherche

Le tableau est trompeur parce qu'il est polymorphe : céphalée d'aggravation progressive, crise épileptique, déficit focal ne correspondant à aucun territoire artériel, tableau d'hypertension intracrânienne, ou association de plusieurs de ces éléments. Le diagnostic repose sur l'imagerie, et l'exploration des temps veineux en est l'élément décisif.

Le texte français de référence est le protocole national de diagnostic et de soins Thrombose veineuse cérébrale, publié par la Haute Autorité de santé en 2021. Il n'est pas lié ici : le serveur de la HAS n'est pas accessible aux outils employés pour rédiger cette fiche, et la règle de ce site interdit de citer un lien qui n'a pas été vérifié. Le document est à rechercher sous ce titre exact.

Ce qui doit rester séparé dans le raisonnement :

Les autres repères de la spécialité sont réunis dans la rubrique neurologie.

Questions fréquentes

Thrombophlébite cérébrale ou thrombose veineuse cérébrale ?

Les deux désignent la même chose : l'occlusion par un thrombus d'une veine cérébrale ou d'un sinus veineux dural. Les textes actuels emploient thrombose veineuse cérébrale, le suffixe -phlébite suggérant à tort une inflammation pariétale primitive. C'est sous « thrombose veineuse cérébrale » qu'il faut chercher la littérature.

Est-ce un accident vasculaire cérébral ?

Le mécanisme est différent. Un AVC ischémique résulte de l'interruption d'un apport artériel ; une thrombose veineuse cérébrale résulte d'un obstacle à l'écoulement veineux. Le Collège des enseignants de neurologie classe 80 % des AVC comme ischémiques artériels et 20 % comme hémorragiques, et range les thromboses veineuses cérébrales à part, comme une entité rare.

Quelle est la fréquence de la thrombose veineuse cérébrale ?

Une étude parue dans Stroke en 2023 mesure 8,7 cas par million et par an sur une population canadienne suivie de 2000 à 2017, et 12,1 par million dans sa méta-analyse de 21 études. Les auteurs soulignent une hétérogénéité très forte entre études et un possible biais de publication, ce qui interdit de traiter ces valeurs comme une constante.

Quel est le pronostic ?

Dans l'étude ISCVT publiée en 2004 sur 624 patients suivis en médiane 16 mois, 57,1 % étaient sans symptôme au terme du suivi, 22 % avaient des symptômes résiduels mineurs et 8,3 % étaient décédés. Ces chiffres décrivent une cohorte recrutée entre 1998 et 2001 ; ils ne constituent pas un pronostic individuel.

Comment le diagnostic est-il posé ?

Par l'imagerie, avec exploration des temps veineux. Le tableau clinique est polymorphe — céphalée progressive, crise épileptique, déficit focal ne respectant aucun territoire artériel, hypertension intracrânienne — et ne suffit pas. Le texte français de référence est le protocole national de diagnostic et de soins Thrombose veineuse cérébrale publié par la Haute Autorité de santé en 2021.