Reflux gastro-œsophagien de l'adulte : une maladie chronique, pas un épisode qui se compte en jours

Le reflux gastro-œsophagien est la remontée du contenu gastrique dans l'œsophage. Chercher sa durée suppose qu'il s'agisse d'un épisode ; chez l'adulte, c'est le plus souvent une affection chronique.

Le reflux gastro-œsophagien (RGO) désigne le passage d'une partie du contenu de l'estomac vers l'œsophage. La question « combien de temps cela dure-t-il » est celle que les lecteurs posent le plus souvent, et la réponse honnête commence par corriger la question : chez l'adulte, le RGO n'est habituellement pas un épisode qui se termine, mais une affection chronique évoluant par périodes. La bonne unité n'est pas le jour, c'est l'année.

Cette fiche est un repère de lecture, pas un avis médical. Elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie — aucun nom de médicament, aucune dose — et n'indique aucune conduite à tenir.

Ce qui rend le reflux chronique

Le mécanisme explique la durée. La barrière anti-reflux repose sur le sphincter inférieur de l'œsophage et sur la disposition anatomique de la jonction œso-gastrique au niveau de l'orifice hiatal du diaphragme. Lorsque cette barrière est durablement défaillante — par relaxations transitoires inappropriées du sphincter, ou parce qu'une hernie hiatale a déplacé la jonction vers le thorax —, la cause ne disparaît pas d'elle-même. C'est pour cela que les symptômes reviennent.

Piège de vocabulaire : la hernie hiatale n'est pas une hernie de la paroi abdominale. Les deux portent le même mot et désignent des choses différentes — l'une concerne la jonction œso-gastrique, l'autre un défaut pariétal, traité sur la fiche hernie pariétale de l'adulte.

Ce que la SNFGE chiffre

La fiche grand public de la Société nationale française de gastro-entérologie consacrée au RGO, revue en février 2018, donne des repères de fréquence et d'évolution :

DonnéeValeur retenue par la fiche SNFGE
Population souffrant régulièrement de RGO10 %
Population éprouvant un pyrosis ou des régurgitations occasionnels30 à 40 %
Adultes ayant des symptômes quotidiens5 à 10 %
Patients porteurs d'un endobrachyœsophage10 % des patients ayant un RGO
Risque annuel de cancer sur endobrachyœsophage0,1 à 0,3 %

Ce que la deuxième et la troisième ligne disent ensemble : entre le symptôme occasionnel, très banal, et le symptôme quotidien, il y a un facteur d'environ cinq. La même étiquette « RGO » recouvre donc deux réalités qui n'ont ni la même durée ni le même retentissement.

Les symptômes, et ceux qui n'en ont pas l'air

La même source retient deux symptômes très caractéristiques, dont elle indique qu'ils permettent le diagnostic chez neuf patients sur dix sans examen complémentaire :

Elle énumère par ailleurs des manifestations atypiques : toux chronique inexpliquée, douleur thoracique pouvant simuler un angor, gêne épigastrique, laryngite ou pharyngite, sensation de corps étranger pharyngé. Ce sont elles qui expliquent que le diagnostic puisse traîner des années.

Ce que la démarche diagnostique recherche

L'endoscopie n'est pas systématique. La fiche SNFGE indique qu'elle est indiquée devant des symptômes atypiques, après 50 ans, en cas de suspicion de complication, ou en l'absence de réponse au traitement. Elle liste aussi les signes qui imposent une exploration : dysphagie, vomissements répétés, anémie, amaigrissement, altération de l'état général.

Ce que ces signes ouvrent : ils ne font pas partie du RGO, ils font partie de ce qu'il faut écarter. Une anémie renvoie à la question du saignement, traitée sur la fiche hémorragie digestive ; des vomissements répétés avec arrêt du transit appartiennent au registre du syndrome occlusif ; et une douleur épigastrique rythmée par les repas évoque d'abord l'ulcère gastrique et duodénal. Les autres repères de la spécialité sont réunis dans la rubrique hépato-gastro-entérologie.

Ce que cette fiche ne dit pas

Aucun médicament n'est nommé, aucune posologie n'est donnée, aucune durée de traitement n'est indiquée, et aucune mesure n'est recommandée. La fiche SNFGE indique que les inhibiteurs de la pompe à protons cicatrisent plus de 90 % des œsophagites et soulagent environ 70 % des patients ; ce sont des données d'efficacité, pas une prescription, et tout ce qui relève de l'indication, du choix et de la dose appartient au médecin et au texte lié en fin de page.

Questions fréquentes

Combien de temps dure un RGO chez l'adulte ?

La question suppose un épisode limité, ce que le RGO de l'adulte n'est généralement pas. Il s'agit le plus souvent d'une affection chronique évoluant par périodes, parce que la cause — une défaillance durable de la barrière anti-reflux — ne disparaît pas spontanément. La fiche SNFGE situe d'ailleurs à 5 à 10 % la proportion d'adultes ayant des symptômes quotidiens, ce qui décrit un état et non une crise.

Le RGO est-il fréquent ?

Très. La fiche SNFGE sur le reflux gastro-œsophagien, revue en février 2018, indique que 10 % de la population en souffre régulièrement et que 30 à 40 % éprouvent un pyrosis ou des régurgitations de façon occasionnelle.

Faut-il une endoscopie pour diagnostiquer un reflux ?

Pas dans la majorité des cas. La même source indique que le pyrosis et les régurgitations permettent le diagnostic chez neuf patients sur dix sans examen complémentaire, et réserve l'endoscopie aux symptômes atypiques, à l'âge supérieur à 50 ans, à la suspicion de complication ou à l'absence de réponse au traitement.

Qu'est-ce que l'endobrachyœsophage, et est-ce grave ?

C'est une métaplasie : la muqueuse de l'œsophage est remplacée par une muqueuse de type intestinal. La fiche SNFGE indique qu'il concerne 10 % des patients ayant un RGO et que le risque de cancer associé est de 0,1 à 0,3 % par an, en précisant qu'il ne se développe qu'après des années de reflux sévère. Cette fiche ne dit pas ce que cela signifie pour une personne donnée.

Les régurgitations chez l'adulte sont-elles anormales ?

Elles font partie des deux symptômes les plus caractéristiques du reflux selon la SNFGE, avec le pyrosis. Ce sont des signes de RGO, pas un diagnostic à eux seuls : leur interprétation dépend du contexte, de l'âge et de la présence ou non des signes d'alarme énumérés plus haut.