Cervicalgies chez l'adulte : ce que le terme recouvre et ce que l'examen cherche à écarter
Une cervicalgie est une douleur du rachis cervical. Le mot ne dit rien de la cause : toute la démarche consiste à séparer les formes communes des formes secondaires, et le contexte traumatique change complètement la question.
Le terme cervicalgie désigne une douleur siégeant au rachis cervical, entre l'occiput et la charnière cervico-thoracique. Il ne préjuge ni du mécanisme ni de la gravité : comme pour le rachis lombaire, l'usage distingue les cervicalgies communes, définies par exclusion, des cervicalgies spécifiques, secondaires à une cause identifiée — traumatique, tumorale, infectieuse, inflammatoire ou vasculaire.
Cette fiche est un repère de lecture, pas un avis médical. Elle décrit ce qu'une démarche diagnostique recherche ; elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir, ni immobilisation, ni programme de rééducation.
Les trois situations que le terme recouvre
| Situation | Ce qui la caractérise |
|---|---|
| Cervicalgie commune | douleur d'horaire mécanique, sans signe neurologique ni signe général, diagnostic d'exclusion |
| Névralgie cervico-brachiale | douleur irradiant dans un territoire radiculaire du membre supérieur, avec ou sans déficit |
| Cervicalgie post-traumatique | contexte traumatique identifié, qui pose d'abord la question d'une lésion du rachis cervical |
Ces trois situations n'ont ni la même démarche ni le même degré d'urgence, et le premier travail de l'interrogatoire est de savoir dans laquelle on se trouve.
Après un traumatisme : ce que valent les règles de décision
Deux règles de décision clinique servent, en traumatologie, à identifier les patients à faible risque de lésion du rachis cervical : la Canadian C-Spine Rule et les critères NEXUS. D'après une revue narrative parue dans Radiología en 2023, leur objectif commun est d'identifier les personnes chez qui l'imagerie peut être évitée ; chez les patients à risque, l'examen de référence chez l'adulte est le scanner multidétecteur.
Leur performance a été mesurée. Une revue systématique avec méta-analyse parue dans Archives of Academic Emergency Medicine en 2023 a réuni 35 articles, totalisant 70 000 patients pour NEXUS et 33 000 pour la règle canadienne.
| Règle | Sensibilité, toute lésion du rachis cervical | Sensibilité, lésion cliniquement importante |
|---|---|---|
| NEXUS | 0,94 (IC 95 % 0,88-0,98) | 0,95 (IC 95 % 0,89-0,98) |
| Canadian C-Spine Rule | 1,00 (IC 95 % 0,98-1,00) | 1,00 (IC 95 % 0,95-1,00) |
Ce que la méta-analyse conclut : les deux règles permettent d'écarter les patients à faible risque, avec une performance supérieure pour la règle canadienne (aire sous la courbe 0,97 contre 0,85 pour toute lésion). Leur spécificité est faible dans les deux cas, ce que les auteurs assument : l'objectif est de ne pas manquer une lésion, pas d'en affirmer une.
Ce que cette fiche ne reproduit pas : le contenu item par item de ces deux règles. Il n'a pas pu être vérifié auprès d'une source primaire à la date de rédaction, et ces règles sont des outils de décision destinés à des professionnels en situation d'urgence — les recopier de mémoire serait une faute.
Ce que la démarche diagnostique recherche hors traumatisme
En l'absence de traumatisme, l'interrogatoire précise l'ancienneté, l'horaire mécanique ou inflammatoire de la douleur, l'irradiation, et cherche les éléments qui font sortir du cadre commun : fièvre, amaigrissement, antécédent de cancer, immunodépression, douleur nocturne permanente, déficit neurologique, raideur fébrile.
L'examen apprécie les amplitudes dans les trois plans, recherche un syndrome rachidien, explore la sensibilité et la force des membres supérieurs et cherche des signes d'atteinte médullaire aux membres inférieurs.
Le diagnostic différentiel sort souvent du cou :
- Une douleur d'épaule projetée relève des lésions péri-articulaires de l'épaule : elle se reproduit aux manœuvres d'épaule et non aux mouvements du cou.
- Des paresthésies de la main limitées au territoire du nerf médian orientent vers un syndrome du canal carpien plutôt que vers une racine cervicale.
- La même logique de tri entre forme commune et forme spécifique s'applique au rachis lombaire : voir la lombalgie.
- Les cervicalgies liées aux postures de travail s'inscrivent dans les troubles musculo-squelettiques, sans figurer aux tableaux de maladies professionnelles.
Les autres repères de l'appareil locomoteur sont réunis dans la rubrique appareil locomoteur et traumatologie, et l'ensemble des fiches du site est accessible depuis la page d'accueil.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une cervicalgie ?
Une douleur du rachis cervical, entre l'occiput et la charnière cervico-thoracique. Le terme décrit un siège, pas une cause. L'usage distingue les cervicalgies communes, définies par exclusion, et les cervicalgies spécifiques, secondaires à une pathologie identifiée.
Quelle différence avec une névralgie cervico-brachiale ?
La névralgie cervico-brachiale associe à la douleur cervicale une irradiation dans un territoire radiculaire du membre supérieur, avec ou sans déficit sensitif ou moteur. C'est la topographie de l'irradiation, et non l'intensité de la douleur, qui fait la différence.
Faut-il une imagerie après un traumatisme du cou ?
C'est précisément ce que deux règles de décision clinique, la Canadian C-Spine Rule et les critères NEXUS, servent à déterminer chez le professionnel qui reçoit le patient. Dans une méta-analyse de 2023 portant sur 35 études, leur sensibilité pour toute lésion du rachis cervical était de 1,00 pour la règle canadienne et de 0,94 pour NEXUS. Cette fiche ne reproduit pas leurs items et ne permet à personne de s'autoévaluer.
Quels éléments font sortir du cadre d'une cervicalgie commune ?
Une fièvre, un amaigrissement, un antécédent de cancer, une immunodépression, une douleur nocturne permanente, un déficit neurologique ou une raideur fébrile. Aucun de ces éléments ne fait un diagnostic : ils font sortir du raisonnement par exclusion et conduisent à explorer une cause précise.
Une cervicalgie peut-elle venir de l'épaule ?
Les deux se confondent fréquemment. Une douleur reproduite par les manœuvres d'épaule et non par les mouvements du cou oriente vers l'épaule ; une douleur suivant un trajet radiculaire et s'accompagnant de signes neurologiques oriente vers le rachis. Les deux peuvent coexister, et la distinction n'est pas toujours tranchée par le seul examen.