Fibromyalgie : ce que les critères retiennent, et ce qu'elle n'est pas
La fibromyalgie est un syndrome douloureux diffus dont le diagnostic repose sur des critères explicites, sans examen de confirmation. Elle est régulièrement confondue avec des maladies qui n'ont rien à voir avec elle.
Une confusion doit être levée d'emblée, parce qu'elle est fréquente dans les recherches : le purpura rhumatoïde n'est pas une fibromyalgie et n'en est pas une forme. C'est une vascularite à immunoglobulines A, c'est-à-dire une atteinte inflammatoire des petits vaisseaux, qui se manifeste par un purpura cutané et peut toucher les articulations, le tube digestif et le rein. La fibromyalgie, elle, est un syndrome douloureux diffus sans lésion vasculaire ni inflammation. Les deux termes contiennent le mot « rhumatoïde » ou évoquent le rhumatisme, et c'est à peu près tout ce qu'ils partagent.
Cette fiche est un repère de lecture, pas un avis médical : elle ne remplace pas une consultation, ne donne aucune posologie et n'indique aucune conduite à tenir. Elle ne permet à personne de poser ou d'écarter un diagnostic pour lui-même.
Ce que les critères de 2010 retiennent
Le diagnostic de fibromyalgie ne repose sur aucun examen biologique ni d'imagerie. Les critères préliminaires publiés par l'American College of Rheumatology (ACR) dans Arthritis Care & Research en 2010 ont été construits sur une étude multicentrique de 829 patients et témoins, et reposent sur deux échelles :
| Élément | Ce qu'il mesure |
|---|---|
| Indice de douleur diffuse (widespread pain index, WPI) | le nombre de régions corporelles douloureuses |
| Échelle de sévérité des symptômes (symptom severity, SS) | les troubles cognitifs, le sommeil non réparateur, la fatigue et le nombre de symptômes somatiques |
Ce que la définition de cas retient : un WPI supérieur ou égal à 7 et un SS supérieur ou égal à 5 ; ou bien un WPI de 3 à 6 et un SS supérieur ou égal à 9. Les auteurs indiquent que cette définition classe correctement 88,1 % des cas identifiés par les critères de classification de 1990, et qu'elle ne nécessite ni examen physique ni recherche de points douloureux.
Ce que la révision de 2016 a changé. Une actualisation publiée dans Seminars in Arthritis and Rheumatism en 2016, fondée sur la relecture de 14 études de validation, rapporte pour les critères de 2010 et 2011 une sensibilité médiane de 86 % et une spécificité médiane de 90 % face aux critères de 1990 et aux critères cliniques. Elle relève que ces critères classaient à tort certains syndromes douloureux régionaux, ce qu'un critère de douleur généralisée ajouté en 2016 corrige.
Piège classique : la version auto-administrée de ces critères n'est pas valable pour poser un diagnostic individuel. Les auteurs de la révision de 2016 l'écrivent explicitement : seule la version renseignée par un médecin l'est ; la version auto-déclarée reste valable pour la recherche.
Ce que ces critères ne règlent pas
Trois limites sont énoncées par les auteurs eux-mêmes, et elles expliquent l'essentiel des désaccords rencontrés en consultation.
- Ils sont descriptifs : ils décrivent un tableau et n'énoncent aucune cause, aucun mécanisme et aucun marqueur.
- Ils ont d'abord été conçus comme critères de classification, pour constituer des groupes comparables en recherche ; la révision de 2016 indique que la version renseignée par le médecin peut servir au diagnostic individuel, ce qui n'était pas l'objet initial.
- Ils ne comportent aucune exclusion diagnostique : une autre maladie douloureuse peut coexister, et la révision de 2016 a supprimé la recommandation antérieure sur ce point, jugée source de confusion.
Ce que la démarche diagnostique recherche
La démarche consiste d'abord à reconnaître le tableau — douleurs diffuses persistantes, fatigue, sommeil non réparateur, troubles cognitifs — puis à écarter ce qui l'imite. Il n'existe pas d'examen de confirmation, et l'absence d'anomalie biologique n'infirme rien.
Le diagnostic différentiel est l'essentiel du travail :
- Une polyarthrite rhumatoïde donne une atteinte articulaire inflammatoire objectivable, avec synovite, biologie et critères propres.
- Un syndrome douloureux régional complexe est régional et non diffus, avec des signes vasomoteurs et trophiques localisés.
- Une lombalgie chronique isolée, sans diffusion, ne remplit pas le critère de douleur généralisée.
- Le retentissement professionnel fait souvent chercher un lien avec les troubles musculo-squelettiques, catégorie qui repose sur des mécanismes et des tableaux différents.
Les autres repères de l'appareil locomoteur sont réunis dans la rubrique appareil locomoteur et traumatologie, et l'ensemble des fiches du site est accessible depuis la page d'accueil.
Questions fréquentes
Le purpura rhumatoïde a-t-il un rapport avec la fibromyalgie ?
Non, aucun. Le purpura rhumatoïde est une vascularite à immunoglobulines A, c'est-à-dire une inflammation des petits vaisseaux, avec purpura cutané et atteintes possibles articulaires, digestives et rénales. La fibromyalgie est un syndrome douloureux diffus sans lésion vasculaire. Les deux termes sont voisins dans les recherches et éloignés dans la réalité clinique.
Le stress cause-t-il l'une ou l'autre ?
Cette fiche ne l'affirme pas, faute de source primaire vérifiable permettant de l'établir pour l'une ou pour l'autre. Ce que les critères de 2010 retiennent est descriptif — douleur diffuse, fatigue, sommeil non réparateur, troubles cognitifs — et n'énonce aucune cause. L'étiologie de la fibromyalgie n'est pas réglée dans la littérature citée ici.
Sur quoi repose le diagnostic de fibromyalgie ?
Sur des critères cliniques, sans examen de confirmation. Les critères de l'American College of Rheumatology de 2010 combinent un indice de douleur diffuse et une échelle de sévérité des symptômes, avec deux combinaisons possibles : WPI d'au moins 7 et SS d'au moins 5, ou WPI de 3 à 6 et SS d'au moins 9.
Faut-il encore compter les points douloureux ?
Les critères de 2010 ont été conçus précisément pour ne plus l'exiger : leurs auteurs indiquent qu'ils ne nécessitent ni examen physique ni recherche de points douloureux, tout en classant correctement 88,1 % des cas identifiés par les critères de classification de 1990.
Peut-on remplir soi-même le questionnaire pour savoir ?
Non. Les auteurs de la révision de 2016 précisent que la version auto-déclarée des critères n'est pas valable pour le diagnostic individuel : elle reste valable pour les travaux de recherche. Seule la version renseignée par un médecin est destinée au diagnostic d'un patient donné.